Pati et moi sommes allés dîner chez des amis : Walkyrie et Soupaulait, leurs enfants, les jumelles Peste et Scarlatine, 6 ans, et le petit dernier Choléra, 4 ans. N’oublions pas Nombril, la télévision.

Je sais que les surnoms des marmots choquera certains. J’adore les enfants, mais j’avoue qu’en ce qui concerne ce trio, on comprend pourquoi certains animaux bouffent leurs petits ! Je résumerais simplement la situation en disant qu’ils ne se supportent pas et se jalousent les uns les autres. Toute action semble être dictée par un besoin d’attention et de reconnaissance des parents. Ils ressemblent aux enfants de la série Malcolm... En pire

ON MONTE OU ON REPART ?

Ils habitent dans un logement, au quatrième étage, sans ascenseur. Au fur et à mesure que vous gravissez les marches, divers sons parviennent à vos oreilles : Nombril vantant les mérites de nouvelles couches, de dentifrice, etc. Une querelle mettant en scène deux voix suraiguës, des cris de douleur exagérés. Un hurlement (de Walkyrie) vient y mettre provisoirement fin : « Peste ! Scarlatine ! ASSEZ ! ».

Cela promet ! Ils sont une fois de plus sur les nerfs ! Courage ! Il faut y aller ! A l’assaut du second étage.

Nombril continue de venter ses produits, tour à tour protection féminine et rouge à lèvre… Les voix suraiguës reprennent. Hurlement « Vos gueules ! » Silence, seule Nombril ne se sent pas concernée.

Ce n’est pas le fait de gravir toutes les marches qui nous ralenti…

Nombril vente à présent une voiture… mais le son est couvert par un cri strident. Hurlement : « Peste ! Scarlatine ! Laissez votre frère tranquille ! »

Gravir le dernier étage nous semble encore plus long.

Nombril parle de préservatif et de pâtes. Les voix suraiguës se lancent des noms d’oiseaux. Nouveau hurlement, mâle cette fois ! « Silence ! J’écoute Nombril moi ! » Tandis qu’en écho provient « Peste ! Scarlatine ! Allez dans votre chambre ! »

Driiiiiiiiing !

La sonnette, elle aussi bruyante et suraiguës vient mettre un nouveau terme temporaire à la cacophonie. Seule Nombril continue de vanter du papier toilette.

« Mamaaaaaaaaaaan ! on a sonné ! » Voix suraiguës en cœur, suivi, toujours en cœur : « arrêêêêêête ! C’est moi qui dis ! » « Chérie ! On a sonné ! » « Allez ouvrir, j’cuisine moi ! » « M’man les filles m’embêtent » Imaginez cela non mixé, tout ensemble !

Cela s’éternise… Bruits de pas, vociférations « Vous pourriez bouger vos graisses ! Je fais tout ici ! »

La porte s’ouvre enfin… déjà ? Je ne sais pas trop quel mot utiliser ! Dans le fond, nous espérions qu’elle ne s’ouvrirait pas…

Walkyrie et une odeur de graillon nous accueillent. Embrassades.

« Entrez ! Entrez ! Faites comme chez vous ! Je retourne à la cuisine»

UNE FOIS ENTRES...

Première opération : jeter nos vestes sur un énorme entassement de vêtements sur le porte mentaux. L’Himalaya des portes manteaux ! Sous les regards soupçonneux des jumelles. Sourcils froncés, elles toisent les perturbateurs, Peste un paquet de chips à la main, Scarlatine un de cacahuètes. « Dites bonjour ! » Le hurlement provient de la cuisine. Les deux s’exécutent, sourcils toujours froncés, lèvres dégoulinantes de graisses végétales et de sel. Même chose pour les mains qui se posent sur nos manches…

Bon, entrons dans le… euh ? Salon ! Regardez bien ou vous mettez les pieds. Amoncellement hétéroclite d’objets en tous genres, principalement des jouets, des magazines et des chaussures… Prenez vos pelles dégagez votre chemin !

Soupaulait s’arrache difficilement de la contemplation de Nombril qui vante à présent un programme à venir sur la chaîne. « Ca va ? Un apéro ? » Strict minimum de mots. Et toujours les regards noirs des jumelles. Nouveau hurlement provenant de la cuisine : « fous-moi la paix ! Va dire bonjour ! … tu m’emm… »

Choléra déboule dans le… euh ? Salon. Son accueil contraste avec celui de ses sœurs. Il nous saute dans les bras et nous embrasse. « Dis ! T’as un cadeau pour moi ? ». Sa démonstration serait-elle uniquement à but intéressé ? Les jumelles se révèlent moins hostiles lorsqu’elles voient Pati sortir des cadeaux de son sac. Grognements, onomatopées voulant probablement dire merci de leur part.

« Mais ? Vous êtes encore debout ? Soupaulait ! Fais de la place pour nos amis, voyons ! » Besoin d’une pelleteuse pour dégager une petite place pour y déposer nos délicats postérieurs.

PAS LE BON SOIR ?

Dans le fond, ils devaient regretter de nous avoir invité ce soir là, alors que Nombril diffusait une émission les intéressants particulièrement. Visiblement, tous deux avaient une oreille et un œil rivés à Nombril, et l’autre moitié à nous, mais distraits.

Nous sommes, en fait, très différents, (totalement, me souffle Pati) mais cela n’a pas empêché de tisser des liens amicaux.

Le plus dur étant de trouver des sujets de conversations. Ils ne s’intéressent à pas grand chose. Voyage ? Les seules questions que vous entendrez : Pourquoi faire ? T’as eu quel temps ? Z’avez mangé quoi ? Pas de frites ? ? ? ?


REPAS OU CATCH ?

Au moment de se mettre à table, Choléra jouait avec un ballon :

Tchoc ! La balle tape le sol
Pof ! Elle frappe le mur
Tchoc ! Retour au sol
Plof ! Dans les mains

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléra, à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléra, à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléra ! J’ai dis à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléraaaaaa, àaaaaaaaaaaaa taaaaaaaaable ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

Peste ; d’une voix encore plus suraiguë :
« Je vais bien l’arrêter, moi ! »

LE DRAME AURAIT PU ETRE EVITE

Je compris sur-le-champ le drame qui se tramait !

Je lançais un regard désespéré à Walkyrie puis à Soupaulait. Surtout ne rien dire, pour ne pas être accueilli par le fameux « t’as des enfants ? ». Rien ! Aucune réaction des parents !

Peste se rua près de son frère et donna un grand coup de pied dans le ballon.

Buuuuuuuut ! Comme je l’avais pressenti !

Mais la suite se déroula légèrement différemment de ce que je prévoyais !

La balle traversa la salle, juste entre nos têtes, mais elle ne passa pas au travers de la fenêtre ouverte comme je le pensais. La footballeuse en herbe ayant mal calculé son tir. Le ballon heurta le pot de fleur sur le bord de la fenêtre.

Tandis que la malheureuse plante allait s’écraser 4 étages plus bas, la balle était projetée en arrière. Bon gardien de but, le pétunia !

RECONVERSION POUR LE PETUNIA : O.M. ? P.S.G. ?

Buuuut ! Le ballon dans le plat de frite, après avoir heurté la bouteille de vin, quelques verres et autres couverts.

Rire d’hyène hystérique de Peste. Hurlements de sirène de Choléra. Les parents pétrifiés. Pati blême, moi me mordant la langue pour ne pas éclater de rire devant le spectacle. Prompt comme le jaguar se ruant sur sa proie, Scarlatine reprenait la balle, se prenant pour une handballeuse. Le ballon suivit le pétunia…

Telles des éruptions volcaniques, les parents s’écrièrent en cœur :
« Non mais ? Cela ne va pas ? Non ? »
Soupaulait : « Scarlatine, va chercher la balle ! »
Walkyrie : « Peste, va chercher le pot de fleur »
Et dans une chorégraphie parfaite, (z’avaient répété, non ?) Chacun gifla une des jumelles. (pas fort, je vous rassure)

Ouiiiiiiiiinnnnnnnnn ! 3 sirènes ! 2 gamines en pleurs descendant chercher leurs victimes. Choléra se roulant par terre, victime d’une crise de nerfs, avec des « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! » Vous vrillant les tympans jusqu’aux bouts des orteils. Lorsqu’il est ainsi, rien à faire d’autre que d’attendre qu’il se calme ! Essayer de le réconforter, de le toucher ne fait qu’augmenter sa crise et vous expose d’avoir des bleus sur tout le corps.

Les parents, toujours en parfaite synchronisation, passaient par toutes les couleurs et sentiments. Après la colère, la stupéfaction des actes des jumelles, et pour finir la honte de leur réaction. Car, s’ils crient et menacent beaucoup, les châtiments sont quasi inexistants.

Les jumelles toujours aussi renfrognées remontèrent. Le ballon, indemne, mais plus aucun espoir pour le pétunia. Choléra se rua sur le ballon.

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

SILENCE ON BOUDE !

Choléra boudait en jouant avec son ballon et ne voulait pas manger.
Les jumelles, sourcils encore plus froncés, boudaient en mangeant leurs frites et regardant Nombril.

Les parents, honteux, boudaient en mangeant leurs frites et regardant Nombril.
Pati, se demandant ce qu’elle faisait là, boudait, ne mangeait pas et regardait un vague point au-delà de la fenêtre.

LA FUITE

je ne boudais pas, ne mangeais pas, et essayais de contrôler le fou rire devant l’irréalisme de la scène.

Finalement, n’y tenant plus, je me levais, bafouillais quelque chose d’incompréhensible (selon Pati après) où l’on ne comprit que « excusez-moi…. Oubli… Voiture… reviens… » et me précipitais dans la cage d’escalier ou je pouvais enfin laisser fuser le fou rire

A mon retour, la situation n’avait pas beaucoup changée. Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof ! Les jumelles toujours aussi renfrognées, boudaient. Les parents ne boudaient plus, mais étaient toujours aussi honteux. Pati était redevenue elle-même, et essayait de dérider l’atmosphère avec un long monologue que personne n’écoutait vraiment ! Hé ! Pati ! On ne peut rivaliser avec Nombril ! Cependant, cela devait relativiser la honte des parents, vis à vis de nous.

Agir comme si rien ne s’était passé. Allez ! On aide la maîtresse de maison à débarrasser la table. Le dessert arrive. Je vais vers Choléra

CHOCOLAT, VIENS A NOTRE SECOURS !

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Ca va ? »

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Allez ! Viens au moins manger du dessert ! tu n’as rien mangé »

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« C’est une glace au chocol… »

Pas le temps de terminer ma phrase, le mot magique avait fait son effet. Peut être aurait-il fallut mettre une crème au chocolat sur ses frites, pour le faire venir, et la soirée eut été plus calme ? (Oui, mais, je n’aurais rien eu à vous raconter !)

Ouf ! Un de moins pour bouder !

Toujours aussi honteux, les parents ne pouvaient rien avaler, et offrirent leurs parts de dessert aux jumelles. Renfrognées, folles de rage d’avoir été atteint dans leurs amours-propres, elles les avalèrent sans se rendre vraiment compte de ce qu’elles mangeaient. Il y aurait eu un coulis d’huile de foie de morue, qu’elles ne s’en seraient pas rendu compte.

Et la petite victime alors ? Choléra qui n’avait rien fait se retrouvait puni en ayant qu’une part de glace ! Prends la mienne, petit !

D’une pierre, je faisais 2 coups : Choléra était heureux d’avoir deux parts comme ses sœurs, et moi, de me débarrasser de la glace J’adore le chocolat, mais pas en glace.


La soirée continua sans événement marquant, ponctuée de chamailleries des gosses, de rappels à l’ordre des parents… La routine, quoi !

Courte échelle à Pati pour qu’elle puisse attraper nos vêtements.

Dans la voiture, je résumais la situation :

« Plutôt calme, la soirée ! Pour une fois ! »