« Vous avez gagné un service à raclette et une perceuse ! » Annonça la télé prospectrice.

Seule condition pour avoir les cadeaux, aller voir la boutique en couple, sans obligation d’achat. En couple, Cécilia ne l’était pas, elle, la célibataire endurcie. Aussi contacta-t-elle un ami - un véritable ami, pas un petit ami - pour l’accompagner et se faire passer pour son conjoint. Détestant le fromage, ce qui l’intéressait, elle, c’était la perceuse.

Elle offrirait donc le service à raclette à son ami, Lélio.

La boutique était en fait une sorte d’entrepôt grossièrement aménagée. La scène du théâtre sans les décors, juste comme accessoires quelques meubles les uns sur les autres, un peu comme après un séisme de force 12 sur l'échelle de Richter…

Théâtre… c’était bien le mot ! Seulement vous devenez acteurs vous aussi.

ACTE 1

A l’entrée, une brochette de vendeurs stéréotypés, véritables gravures de mode, se fendaient la poire en voyant les autochtones venir, car ils ne sont vraiment pas à la mode, dans c’te région ! Et tels des rapaces, ils piquaient sur les pauvres brebis (éventuels clients).

Moulins à paroles ? Non ! Mitraillettes à paroles !

« Blablablabla… nouveau sur la région…. Blablabla… voulons cibler les goûts des clients selon les régions… blablabla… Catalogues différents… blablabla… Cadeaux gratis pour vous remercier… blablabla… En contrepartie nous vous demandons de nous dire ce que vous aimez et n’aimez pas, pour faire notre catalogue en fonction (ordre des photos) blablabla… »

Une fois la leçon récitée, ils lâchaient leurs proies afin qu‘elles regardent les meubles.  Cécilia et Lélio hésitèrent. Ils avaient leurs cadeaux en main, que faire ? Partir ? Bah ! Ils allaient jouer le jeu ! Zieuter un peu ! En fait, il n’y avait pas grand chose d’exposé. Encore moins pour leur plaire (pas de choix de couleur selon les modèles) et rapport qualité prix tout bénéfice pour le magasin !

3 canapés plus loin, le rapace retombait sur ses proies !

« Blablabla… C’ki fait plaisir, c’ke vous essayez les canapés ! blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… »

Et de leur montrer la qualité des fauteuils. Le cuir ne flambe pas. Preuve à l’appuis, il alluma son briquet dessus… Mais, même pour les beaux yeux de Cécilia, il ne voulu pas faire de même avec les canapés en tissus ! Pourquoi ?
Robustesse ! Comme un sale gamin, il se mit à sauter sur son canapé avec ses chaussures ! Lélio souriait à l’idée que s’il en faisait autant chez Cécilia, quelle tarte il recevrait !

Puis, opération mise à l’aise avec la flatterie. L’aigle devient le renard de la fable.

Bon… Sauf que là il devint l‘illustration parfaite du « sois beau et tais-toi ! »

« Koik vous faites dans la vie ? …. Madame est koi ? Frite ? hein ? Frit ? Ah ? Free lance ? ? ? ? Koi kça y en a être ? …. et blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… »

ACTE 2

Entrée du Loup dans la bergerie. Le big boss. Autre gravure de mode, quoique rase-mottes. Pas de manières entre eux, il voulait les mettre à l’aise ! Il se laissa tomber sur le fauteuil, et aussi sec, remonta ses jambes de pantalon dévoilant ainsi ses mollets de coqs poilus (ben quoi ? Vous n’avez jamais vu des galinacés poilus ?) et ses genoux pointus.

Opération séduction ? Essayait-il de séduire Cécilia en montrant les mollets, telles les auto-stoppeuses dans les films ?
Deux mitraillettes. blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… Les deux acteurs jouaient leurs rôles, mais pas à la perfection ! cela sonnait faux !

Loup : « Z’avez parlé de la loterie ? »
Rapace : « Pas encore »
Cécilia : « Pardon ? »
Loup : « Z’y en avoir loterie ! Vous pas y en avoir vu dans le courrier ? Rien écrit ? »
Cécilia : « Non… »
Loup : « Koi k’ça y en a être vot’ nom ? »
Cécilia : « Trebes »
Loup : « Trebes ? Mais c’est un nom gagnant ça ! » (Aïe ! les mauvaises notes dans son récital ! cela sonnait tellement faux !)
Cécilia incrédule : « Oui mais c’est un nom très courant dans la région ! Trebes Cécilia »

Et Loup de se précipiter dans les coulisses les laissant avec rapace et son tsunami de paroles. (Notons qu’il ne s’intéressa nullement aux commentaires tant attendus pour la publication du catalogue !)

Et loup de revenir toujours aussi théâtral.

Loup : « Cécilia Trebes : 3000 Euros ! »
Avant d’ajouter, bien entendu « en bons d’achats »
Lélio : « Pour quel minimum d’achat ? »

Tel un escrimeur, il avait fait mouche !

La mâchoire de Loup tomba ! Désarçonné par une telle demande ! On ne lui avait pas appris de parade à genre de questions, dans son cour de théâtre ! Pardon, de vente !

Loup : « euh ? ah ? euh ? Oh ? Pas de minimum ! »

Vlan ! le piège se refermait sur Loup !

ACTE 3

Mais ils allaient jouer aux chats et à la souris !

Cécilia : « Le problème est que vous n’avez pour ainsi dire que des canapés ! et j’ai acheté le mien l’an passé ! »
Loup (tellement certain de sa qualité d’acteur louant les mérites de ses breloques) : « Combien l’avez vous acheté ? Je vous le reprends pour la somme que vous l’avez acheté ! »
Lélio, ne laissant pas le temps de répondre Cécilia (qui aurait insisté sur le fait qu’elle tenait à son canapé) et se rappelant un autre canapé qui l’avait fait craquer (mais pas pu acheter à cause du prix) : « 6000 Euros ! »
Loup transpirait, bafouillait que ce n’était pas possible à ce prix…
Lélio : « Oui ! Je comprends... 3000 Euros, sans minimum d’achats… Donc je peux prendre cette table, ce fauteuil et son pouf et le paravent pour 3010 Euros ! Je ne paye donc que 10 Euros ! » (Seuls le fauteuil et son pouf lui plaisaient ! Le reste aurait fait du bois à faire brûler dans la cheminée…)
Loup : « Les fauteuils sont par deux ! »

Tiens donc ? Tous étaient exposés par paires, sauf celui qu’ils avaient désigné et qui valait le double des autres !
Cela ne marchait pas ! Escrocs !

Loup tenta une autre opération : la remise sur l’achat d’un seul fauteuil. Tout en mélangeant les Euros et les Francs pour les embrouiller !

Bof !

Il descendit encore le prix ! Plus de 60% ! Intéressant direz vous ? Oui… pour lui ! car le prix était enfin le prix REEL ! dans toute autre boutique ! (enfin, pour les plus chères d’entre elles !)

ACTE 4

Les deux acteurs reprenaient leurs jeux ! Rapace jouait le scandalisé ! « il fait ce qu’il veut, ça y en a être le boss, mais moi y en a pas d’accord ! Moi y en a pas faire vente ! »

Et Loup de revenir à la charge, ne comprenant pas pourquoi on ne sautait pas de suite sur l’occasion. Chose étrange, la réduction, valable 3 mois, ne l’était soudainement plus !

Dans une ultime parade Loup essaya : « ne le prenez pas, cela m’arrange ! »

Il devait penser piquer au vif ses proies, briser ainsi leurs dernières résistances, en leur faisant croire qu’ils  allaient le berner…

Bon ? Cela ne l’arrangeient pas ? Très bien ! Bye bye ! Cécilia et Lélio  repartirent avec leurs cadeaux