24 juillet 2008
Mystères sur sa vie
Déjà enfant, dès le plus jeune âge, Alexandra refusait de mélanger sa vie privée à sa vie scolaire. Elle avait de bonnes copines en classe, mais elle refusait catégoriquement de les voir en dehors de l’école. Si d’aventure elle était invitée par l’une d’elles, elle avait l’excuse facile : elle habitait loin, et ne pourrait s’y rendre facilement. En avançant en âge, elle prétendait devoir s’occuper de ses petits frères, et donc de ne pas avoir de temps libre. Ses petits frères… le plus jeune était son aîné de huit ans.
Alexandra ne pouvait dire pourquoi elle avait une certaine pudeur de leur parler de sa vie privée. D’ailleurs, lorsqu’il fallait faire des rédactions relatives à leurs vies, Alexandra s’inventait une famille, une vie très différente de la sienne. Non pas qu’elle en eut honte, mais elle voulait préserver son jardin secret. Adolescente, alors qu’il fallait faire des fiches personnelles en début d’année, pour chaque professeur, elle travestissait la vérité. Elle omettait de mettre le nombre exact de ses frères et sœurs, et se bornait de mettre « fonctionnaires » pour les professions de ses parents. Aucun de ses professeurs ne sut jamais qu’elle était la fille de diplomates. Sa simplicité était telle que même ses meilleures amies de classe ne devinèrent jamais de quel milieu elle était.
De même, elle refusait de parler de sa vie scolaire. Non pas qu’elle fut une mauvaise élève, bien au contraire. Non, elle estimait qu’il n’y avait rien à en dire. Ses parents devaient attendre les bulletins trimestriels pour avoir une petite idée de sa vie scolaire.
Cette pudeur de parler de sa vie scolaire fut vite interprétée en sa défaveur, par sa famille maternelle. On pensait d’elle qu’elle devait être une cancre de première. Alors, on surenchérissait sur les exploits de ses cousins, exploits le plus souvent fruits de la pure imagination de leurs parents. Roland, âgé de 7 ans, avait démontré que son instituteur était nul, qu’il en savait plus que lui en l’histoire, Christelle était tellement bonne que ses professeurs voulaient lui mettre des notes supérieures au maximum de 20, Paul… que faisait donc Paul, déjà ? Alexandra ne s’en souvenait plus. Elle n’avait jamais vraiment écouté les « exploits » de ses cousins. Elle avait prié ses parents de cesser de dire qu’elle moyenne elle-même pouvait avoir. « De toutes manières, ils ne vous croient pas !» Ils l’avaient écouté, bien que frustrés de ne pouvoir en parler.
Elle fit ses études, sans jamais rien dire de ses ambitions, de ses orientations. Si bien seuls ses parents et sa fratrie étaient au courant de la filière qu’elle avait choisie. L’éloignement géographique de sa famille lui permettait de ne pas les voir souvent, et par conséquent, d’entretenir cette aura de mystère autour d’elle. Peut-être se serait-elle sentie plus proche des membres de sa famille, aurait-elle pu en parler un peu plus.
Cela faisait maintenant plusieurs années qu’elle travaillait, mais, comme lorsqu’elle était enfant, elle séparait ses vies privées et professionnelles. Ses collègues ignoraient tout d’elle, et ses amis, sa famille (en dehors des plus proches) ignoraient sa profession. Elle en parlait de manière succincte, lâchant quelques détails pouvant être interprétés de manières différentes. Au point où on lui attribuait plusieurs métiers, mais aucun ne soupçonnait ce qu’elle faisait réellement.
Alexandra soupira pour se donner un peu de courage. Elle sortit du petit cabriolet, verrouilla les portes, et se dirigea à pas lents vers le restaurant. Ses grands parents maternels fêtaient leurs noces de Platine. Impossible de ne pas venir. Elle aimait beaucoup ses grands parents, mais aurait préféré célébrer ces noces uniquement avec eux, ou plus exactement sans ses tantes et ses cousins.
Allez ! Encore un effort pour se donner le courage d’entrer dans le restaurant, dans l’arène ! Elle s’annonça auprès de la réceptionniste, qui la conduisit vers une salle sise au premier étage.
Elle savait que son arrivée serait remarquée, car elle arrivait probablement la dernière, à cause de son vol. Alexandra pâlit légèrement (camouflé, heureusement, par un habile maquillage) en constatant que toute la famille semblait être réunie, y compris des cousins qu’elle n’avait pas revue depuis une bonne vingtaine d’années. Elle se dirigea tout d’abord vers les héros de la fête, les embrassa, les félicita. Puis alla de table en table saluer le reste de la famille.
Oui, elle était seule, non elle n’avait pas de fiancé ni de cavalier, oui tout allait bien dans sa vie… Sauf qu’elle avait envie de repartir sur le champ, mais cela, elle ne pouvait pas le dire !
Masquant sa déception derrière un grand sourire, qu’elle qualifiait elle-même d’hypocrite, elle se dirigea enfin vers la place qui lui était attribuée, au milieu de ses cousins, plus spécialement de ceux avec qui elle ne s’était jamais réellement entendue.
De suite, elle remarqua que quelque chose se tramait. Leur attitude était étrange, trop polie pour être honnête, aurait dit sa grand-mère. Elle avait remarqué les échanges de regards complices entre les convives. Que lui réservaient-ils ?
Ils commencèrent par parler de tout et de rien, principalement d’eux, de leurs exploits réels ou imaginaires. Alexandra prêtait une oreille distraite. S’esquivait de temps à autres, entre les services, pour aller saluer d’autres convives. Comme à son habitude, elle répondit de manière sibylline sur sa vie, sur sa profession. Elle fut surprise de ne pas les voir insister. Cela ne présageait rien de bon !
Au moment du dessert, Elisabeth prit la parole. Alexandra avait toujours détesté cette cousine, dont elle disait qu’on ne pouvait lui prêter une langue de vipère, car cela aurait été insulter les vipères.
- Alexandra, ton vol s’est-il bien passé ?
- Oui !
- Le personnel de bord était-il compétant ?
- Je pense que oui !
- Tu as bien de la chance ! Les hôtesses et les stewards qui étaient sur le mien ! Je ne vous dis pas ! Nuls de chez nul !
Alexandra nota qu’aucun ne regardait Elisabeth, mais que tous les regards étaient tournés vers elle, de manière indirecte. Donc, ce beau discours qu’entreprenait sa cousine lui était destiné. Pensaient-ils qu’elle était hôtesse de l’air ? Elisabeth continuait de disperser son fiel :
- Enfin ! Mais pour qui se prennent-ils ? D’une part, les stewards, tous des pédés !
- Je me demande ce qui te fait dire cela, et combien le seraient-ils, en quoi cela te concerne-t-il ?
- Mais ? Tu les défends, Alexandra ? Pourquoi ?
- L’injustice et les insultes gratuites me révoltent !
- Après tout qu’importe ! Et les hôtesses, pour qui se prennent-elles ? Ce ne sont que de vulgaires serveuses ! Je vous jure que quand je suis à bord, je les fais trisser ! Elles voient qui est la cheffe ! Moi ! La cliente est reine !
- Elles doivent surtout comprendre qu’elles ont à faire à une gagne petit, qui les jalouse !
- Oh ! Mais regardez moi notre petite Alexandra ! Ma parole, pour réagir ainsi, serais-tu une de ses créatures des airs ?
- Ma chère Elisa-bête, je te répondrai de la même manière quelle que soit la profession que tu attaques ! Sur ce, je vous laisse, je vais à une autre table. J’ai trop entendu de conneries à celle-ci.
Alexandra ne vit pas leurs visages défigurés par des rictus cruels. Ils pensaient l’avoir démasquée, et ils la méprisaient, persuadés de leurs supériorités. Alexandra passa le reste de la soirée à les éviter, et, dès qu’elle le put, prit congé.
Le lendemain, en ressortant de l’agence de location, elle aperçut ses cousins, ceux qui étaient à sa table, pénétrer dans l’aéroport. Que faisaient-ils là ? Elle en était persuadée, ils avaient du découvrir la compagnie pour laquelle elle travaillait. Elle se dissimula pour les observer de loin.
Oui, ils prenaient son vol ! Comme par hasard ! Jamais, en temps normal, ils n’auraient pris un vol pour cette destination. Elle se remémora les propos fielleux de sa cousine. Elle en était certaine : ils espéraient qu’elle soit l’hôtesse qui s’occuperait d’eux, et il lui feraient payer des années de haine.
Alexandra sourit. Ils allaient le payer ! Au propre, comme au figuré ! Les billets en cette période de l’année étaient à plein tarif, les taxes d’aéroport pas données non plus. Leur petite machination allait être une petite fantaisie qui allait leur coûter cher. Et plus encore sur le plan moral !
Sans plus tarder, discrètement, elle se dirigea vers les salles d’embarquement. Le temps qu’ils valident leurs billets, elle serait déjà à bord.
Peu avant l’embarquement, elle prit la liste des passagers et cocha les noms de ses cousins. Elle ajouta manuellement :
« Emmerdeurs professionnels ! Ne prendre aucun égard avec ! Membres de ma famille. Alexandra Coulomb »
L’embarquement commença. Alexandra restait en retrait, invisible des passagers. Elle les vit arriver, avec le visage de personnes en quête d’un mauvais coup. Ils se dressaient sur la pointe des pieds, tentant de l’apercevoir. En vain. Rirait bien qui rirait la dernière.
L’avion s’ébranla. Sur son siège, Elisabeth s’agitait. Elle se retournait fréquemment, se penchait dans l’espoir de voir l’ensemble de la cabine. N’y tenant plus, elle apostropha l’hôtesse qui passait à sa hauteur.
- Mademoiselle ! Dites moi, Alexandra Coulomb n’est-elle donc pas sur ce vol ? On m’avait pourtant assuré que si, et je ne la vois pas !
- Elle l’est !
Pas un mot de plus. La consigne était bien passée. Mortifiée, Elisabeth commenta cette réponse évasive :
- Elle l’est ! Et c’est tout ? Elle aurait pu au moins nous en dire plus ! Bon, alors, où est notre idiote de cousine qu’on la fasse braire ? Elle va trisser, la boniche ! C’est moi qui vous le dis !
L’avion avait maintenant atteint le bout de la piste, et attendait son tour pour décoller.
Tout en regrettant de ne pouvoir voir les visages de ses cousins, sourire aux lèvres, Alexandra prit le micro et, de sa voix chaude, commença à parler :
- Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, bonjour, soyez les bienvenus à bord. C’est Alexandra Coulomb, votre commandant de bord, qui vous parle…
13 juillet 2008
Blanche Neige, 10 ans plus tard...
Il y a déjà fort longtemps, Marmotte avait mené son enquête sur la vie de La Belle au Bois Dormant. Je vous conseille de faire un saut sur son joueb pour avoir les éléments manquants dans la présente note.
Donc, dans son joueb nous découvrions une Belle au Bois Dormant, 10 ans après son mariage. Comment en était-elle arrivée là ? Marmotte avait oublié de parler d’une partie de sa vie !
Son époux, Prince, n’était qu’un prince consort,
car c’est son aîné qui avait hérité de la couronne. Vous savez, celui qui a épousé Cendrillon !
Prince, arriviste, avait jeté son dévolu sur Belle afin d’être quand même une tête couronnée.
Il ne le fut pas longtemps, car la Révolution des Cactus frappa le pays ! “ Tout au peuple ” hurlait le révolutionnaire en chef en oubliant de préciser que son patronyme était “ Peuple ” ! La révolution ne fut en fait qu’un transfert de fortune d’une personne vers une autre, et le petit peuple resta toujours aussi pauvre
Le Prince fut quitté à son tour par la Fée Clochette, non parce qu’il qu’il était marié, mais parce qu’elle ne serait jamais reine.
Comme il était bel homme, quadra, il continuait de plaire, y compris aux toutes jeunes filles.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que c’est lui aussi qui réveilla de son sommeil… Blanche Neige ! (eh oui : même tactique payante !)
Alors, qu’en est-il de leur union 10 ans après ?
Blanche et prince étaient rentré au palais, en compagnie des 7 nains.
Peu de temps après son retour, séquelles de sa captivité, du coma ou du poison, toujours est-il que Blanche Neige changea de comportement du tout au tout ! Toujours d’une gentillesse irréprochable, elle était cependant devenue totalement frivole et totalement phobique aux pommiers que l’on coupa dans tout le royaume, et… jalouse de sa beauté
Blanche Neige, peut-être influencée par le destin tragique de la Belle Au Bois Dormant refusa d’être enceinte ! Hors de question d’avoir son somptueux corps déformé par la moindre grossesse ! Et les techniques de procréation modernes ? Alors ?
On chercha à travers tout le royaume quelques jeunes femmes de bonne constitution, et aux mœurs irréprochables (Après tout, on ignore encore l’influence que pourrait avoir la mère porteuse sur le fœtus !), que l’on insémina
Blanche Neige était devenue une femme qui aimait l’ordre ! 10 royaux fœtus furent fécondés in vitro et implantés le même jour. De même que les naissances furent provoquées à une date convenue avec les astrologues.
Mais seuls 7 fœtus arrivèrent à terme. Comme sa Royale Majesté était très occupée, on confia les petits princes et princesses aux 7 nains.
Blanche Neige avec son emploi du temps très chargé auprès des esthéticiennes, coiffeuses, etc., ne pouvait accorder plus de 3 minutes de son temps mensuel à chacun de ses enfants. Et ce, bien entendu, lorsqu’elle n’était pas en visite royale, ce qui se résumait à un peu plus de 300 jours par an (les visites royales)
Prince était ravi de cette situation il avait une couronne et il n’y avait pas la moindre rumeur de révolution. Mais leur bonheur fur rattrapé par la presse à scandale
« Le docteur qui avait bu a lâché les royales éprouvettes ! Alors le Prince charmant c’est dévoué pour féconder les mères porteuses de manière plus traditionnelle »
Furieuse, Blanche répudia le prince sur le champ, malgré les protestations de celui-ci ! Oui, il avait été infidèle, mais s’était fait une vasectomie pour éviter les recherches en paternité.
Il contre attaqua, et demanda des tests ADN
Nouveau scandale ! 7 pères différents, les 7 nains… !
Mais les tests révélèrent un autre secret de famille… Blanche n’était pas la fille de sa mère ! Blanche n’était pas la fille de la Reine que le peuple avait tant aimée ! Non ! Elle étai la fille cachée de son royal père, et de celle qui devait devenir officiellement sa marâtre !
Cette information eut raison de son équilibre fragile : elle devin comme sa mère, d’une jalousie maladive de sa beauté et elle se désintéressa de tout le reste.
Finalement, Blanche Neige et le Prince vivaient heureux… chacun de son côté.
12 juillet 2008
Théatre ? non, vente !
« Vous avez gagné un service à raclette et une perceuse ! » Annonça la télé prospectrice.
Seule condition pour avoir les cadeaux, aller voir la boutique en couple, sans obligation d’achat. En couple, Sylviane ne l’était pas, elle, la célibataire endurcie. Aussi contacta-t-elle un ami - un véritable ami, pas un petit ami - pour l’accompagner et se faire passer pour son conjoint. Détestant le fromage, ce qui l’intéressait, elle, c’était la perceuse. Elle offrirait donc le service à raclette à son ami, Domi.
La boutique était en fait une sorte d’entrepôt grossièrement aménagée. La scène du théâtre sans les décors, juste comme accessoires quelques meubles les uns sur les autres, un peu comme après un séisme de force 12 sur l'échelle de Richter…
Théâtre… c’était bien le mot ! Seulement vous devenez acteurs vous aussi.
ACTE 1
A l’entrée, une brochette de vendeurs stéréotypés, véritables gravures de mode, se fendaient la poire en voyant les autochtones venir, car ils ne sont vraiment pas à la mode, dans c’te région ! Et tels des rapaces, ils piquaient sur les pauvres brebis (éventuels clients).
Moulins à paroles ? Non ! Mitraillettes à paroles !
« Blablablabla… nouveau sur la région…. Blablabla… voulons cibler les goûts des clients selon les régions… blablabla… Catalogues différents… blablabla… Cadeaux gratis pour vous remercier… blablabla… En contrepartie nous vous demandons de nous dire ce que vous aimez et n’aimez pas, pour faire notre catalogue en fonction (ordre des photos) blablabla… »
Une fois la leçon récitée, ils lâchaient leurs proies afin qu‘elles regardent les meubles. Sylviane et Domi hésitèrent. Ils avaient leurs cadeaux en main, que faire ? Partir ? Bah ! Ils allaient jouer le jeu ! Zieuter un peu ! En fait, il n’y avait pas grand chose d’exposé. Encore moins pour leur plaire (pas de choix de couleur selon les modèles) et rapport qualité prix tout bénéfice pour le magasin !
3 canapés plus loin, le rapace retombait sur ses proies !
« Blablabla… C’ki fait plaisir, c’ke vous essayez les canapés ! blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… »
Et de leur montrer la qualité des fauteuils. Le cuir ne flambe pas. Preuve à l’appuis, il alluma son briquet dessus… Mais, même pour les beaux yeux de Sylviane, il ne voulu pas faire de même avec les canapés en tissus ! Pourquoi ?
Robustesse ! Comme un sale gamin, il se mit à sauter sur son canapé avec ses chaussures ! Domi souriait à l’idée que s’il en faisait autant chez Sylviane, quelle tarte il recevrait !
Puis, opération mise à l’aise avec la flatterie. L’aigle devient le renard de la fable.
Bon… Sauf que là il devint l‘illustration parfaite du « sois beau et tais-toi ! »
« Koik vous faites dans la vie ? …. Madame est koi ? Frite ? hein ? Frit ? Ah ? Free lance ? ? ? ? Koi kça y en a être ? …. et blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… »
ACTE 2
Entrée du Loup dans la bergerie. Le big boss. Autre gravure de mode, quoique rase-mottes. Pas de manières entre eux, il voulait les mettre à l’aise ! Il se laissa tomber sur le fauteuil, et aussi sec, remonta ses jambes de pantalon dévoilant ainsi ses mollets de coqs poilus (ben quoi ? Vous n’avez jamais vu des galinacés poilus ?) et ses genoux pointus.
Opération séduction ? Essayait-il de séduire Sylviane en montrant les mollets, telles les auto-stoppeuses dans les films ?
Deux mitraillettes. blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… Les deux acteurs jouaient leurs rôles, mais pas à la perfection ! cela sonnait faux !
Loup : « Z’avez parlé de la loterie ? »
Rapace : « Pas encore »
Sylviane : « Pardon ? »
Loup : « Z’y en avoir loterie ! Vous pas y en avoir vu dans le courrier ? Rien écrit ? »
Sylviane : « Non… »
Loup : « Koi k’ça y en a être vot’ nom ? »
Sylviane : « Trebes »
Loup : « Trebes ? Mais c’est un nom gagnant ça ! » (Aïe ! les mauvaises notes dans son récital ! cela sonnait tellement faux !)
Sylviane incrédule : « Oui mais c’est un nom très courant dans la région ! Trebes Sylviane »
Et Loup de se précipiter dans les coulisses les laissant avec rapace et son tsunami de paroles. (Notons qu’il ne s’intéressa nullement aux commentaires tant attendus pour la publication du catalogue !)
Et loup de revenir toujours aussi théâtral.
Loup : « Sylviane Trebes : 3000 Euros ! »
Avant d’ajouter, bien entendu « en bons d’achats »
Domi : « Pour quel minimum d’achat ? »
Tel un escrimeur, il avait fait mouche !
La mâchoire de Loup tomba ! Désarçonné par une telle demande ! On ne lui avait pas appris de parade à genre de questions, dans son cour de théâtre ! Pardon, de vente !
Loup : « euh ? ah ? euh ? Oh ? Pas de minimum ! »
Vlan ! le piège se refermait sur Loup !
ACTE 3
Mais ils allaient jouer aux chats et à la souris !
Sylviane : « Le problème est que vous n’avez pour ainsi dire que des canapés ! et j’ai acheté le mien l’an passé ! »
Loup (tellement certain de sa qualité d’acteur louant les mérites de ses breloques) : « Combien l’avez vous acheté ? Je vous le reprends pour la somme que vous l’avez acheté ! »
Domi, ne laissant pas le temps de répondre Sylviane (qui aurait insisté sur le fait qu’elle tenait à son canapé) et se rappelant un autre canapé qui l’avait fait craquer (mais pas pu acheter à cause du prix) : « 6000 Euros ! »
Loup transpirait, bafouillait que ce n’était pas possible à ce prix…
Domi : « Oui ! Je comprends... 3000 Euros, sans minimum d’achats… Donc je peux prendre cette table, ce fauteuil et son pouf et le paravent pour 3010 Euros ! Je ne paye donc que 10 Euros ! » (Seuls le fauteuil et son pouf lui plaisaient ! Le reste aurait fait du bois à faire brûler dans la cheminée…)
Loup : « Les fauteuils sont par deux ! »
Tiens donc ? Tous étaient exposés par paires, sauf celui qu’ils avaient désigné et qui valait le double des autres !
Cela ne marchait pas ! Escrocs !
Loup tenta une autre opération : la remise sur l’achat d’un seul fauteuil. Tout en mélangeant les Euros et les Francs pour les embrouiller !
Bof !
Il descendit encore le prix ! Plus de 60% ! Intéressant direz vous ? Oui… pour lui ! car le prix était enfin le prix REEL ! dans toute autre boutique !
ACTE 4
Les deux acteurs reprenaient leurs jeux ! Rapace jouait le scandalisé ! « il fait ce qu’il veut, ça y en a être le boss, mais moi y en a pas d’accord ! Moi y en a pas faire vente ! »
Et Loup de revenir à la charge, ne comprenant pas pourquoi on ne sautait pas de suite sur l’occasion. Chose étrange, la réduction, valable 3 mois, ne l’était soudainement plus !
Dans une ultime parade Loup essaya : « ne le prenez pas, cela m’arrange ! »
Il devait penser piquer au vif ses proies, briser ainsi leurs dernières résistances, en leur faisant croire qu’ils allaient le berner…
Bon ? Cela ne l’arrangeient pas ? Très bien ! Bye bye ! Sylviane et Domi repartirent avec leurs cadeaux
10 juillet 2008
Cavalcade et farniente
Pour être certains d’être réveillés au chant du coq, ils vous en offrent un. Et pour être certains qu’il n’ait pas une panne d’oreiller (oui, le coq !) ils vont lui arracher les plumes, tant et si bien qu’à la fin du week-end vous avez le seul coq de la région qui soit chauve du croupion.
Et pendant que vous êtes en train d’émerger de votre sommeil, et de constater que votre réveil ne s’est pas arrêté et qu’il est effectivement 3 heures du matin, eux sont déjà sous la douche. Ils y vont par paire : un parent avec un gosse qui se tient à croupis entre ses jambes. Rien de vicieux ! Non ! On gagne du temps ! (Té ! Il faut tout vous expliquer !)
Alors que vous êtes en train d’essayer de vous lever, lourd de sommeil comme si vous pesiez 10 tonnes, eux sont déjà dans la cuisine : Café, croissants, charcuterie, confiture, céréales et jus de fruit, le tout mixé tout ensemble, sont ingurgités avec un entonnoir dont l’extrémité atteint l’œsophage, pour aller plus vite…
Et lorsque vous atteignez la porte de votre chambre, distante de 50 cm du bord de votre lit, vous entendez de grands coups de klaxons rageurs : ils s’impatientent dans la voiture.
Entre le chant du coq et celui de la voiture, 1 minute 30 secondes 10 centièmes se sont écoulés.
Et vous passez le reste de la journée à courir à la découverte de votre région. Tout y passe, tous les monuments, musées, curiosités et même là où il n’y a rien à voir. Vous vous êtes arrêté de compter les marches ainsi gravies, car après les 10 millions, vous n’aviez plus assez de doigts… Et vous allez devoir contacter votre assureur : vous avez fait plus de kilomètres en un jour que ce que vous " autorise " votre contrat annuellement…
Enfin ! vous retrouvez votre lit… Il est 2h45 du matin… Dans 15 minutes, devinez quoi ?
Jusque là, rien à dire ! Mais lorsque vous leur rendez visite, avides de connaître leur région beaucoup plus touristique que la vôtre …
Ils restent là, affalés sur les fauteuils, tels des phoques sur la banquise. Avec un peu de chance, vous pourrez sortir… à 17h30 ! Retour impératif pour 18 heures ! Il faut que Madame prépare le souper pour 21 heure : poulet fumé froid acheté tout cuit, taboulé décongelé, une salade achetée lavée et effeuillée, sauce en bouteille, un plateau de charcuterie acheté tout préparé, fromage, dessert décongelé et café soluble. C’est du boulot tout cela ! Beaucoup plus long et compliqué que les spécialités locales qu’ils vous auront demandé de leur préparer !
Alors, la promenade, le tour le plus petit possible du quartier ! De la région, vous ne connaîtrez jamais rien d’autre ! Pas question d’y aller seul non plus : vous êtes quand même là pour les voir, eux ! Ne songez pas vous échapper ne serait-ce que 15 minutes : on a fait des révolutions et de guerres pour bien moins !
Rendez-vous à l’évidence : jamais vous ne connaîtrez la forteresse à moins d’un kilomètre de chez eux, celle que des milliers de touristes, venus de 6 continents, visitent chaque année !
09 juillet 2008
L’amant Florentin
Françoise n’arrivait toujours pas à croire qu’elle se trouvait à Florence, la perle de la Toscane. Elle était arrivée en début d’après-midi, avec plus de cinq heures de retard. Son train s’était immobilisé plusieurs fois en rase campagne. Comme elle ne parlait pas un mot d’Italien, elle en ignorait la cause. Pannes ou grèves ? Elle tablait plus sur les grèves. Mais, l’essentiel pour Françoise était d’être arrivée à bon port.
Munie d’un plan, elle s’était immédiatement rendue dans la petite pension, proche de l’église Santa Maria Novella, où elle avait réservé une chambre, via Internet. Après une rapide douche, elle était ressortie, et avait arpenté les rues sans but précis. Elle ne commencerait vraiment la visite de la ville que le lendemain.
Depuis une dizaine de minutes, elle était assise sur le parapet surplombant l’Arno, Lungarno Acciaioli, son regard suivant les méandres du fleuve, et s’attardant sur la silhouette du Ponte Vecchio.
Depuis qu’elle avait suivi des cours d’histoire de l’Art au collège, Françoise rêvait de venir visiter cette ville qu’elle considérait comme la capitale des Arts. Avec des copines de classe, elles avaient programmé un voyage en Italie pendant les grandes vacances, juste après avoir passé les épreuves de Français au BAC. Elles voulaient visiter Milan, Florence, Rome et Palerme. Mais seules ses amies y allèrent.
Françoise était alors enceinte de huit mois. Un accident ! Un stupide accident. Comme Françoise était pudique, elle ne voulait pas de lumière lors de ses étreintes avec Philippe. Elle l’avait cru, lorsqu’il lui avait affirmé avoir mis un préservatif. Mais ce n’était pas le cas. Pour couronner le tout, elle avait continué d’avoir des règles et ce n’est qu’au sixième mois qu’elle s’était rendu compte de sa grossesse. Par chance, Philippe avait assumé.
Alors que ses amies étaient sur les pentes de l’Etna, elle, enceinte jusqu’aux yeux, se mariait avec Philippe. Une petite cérémonie des plus simples. Les parents du jeune couple ayant mal accepté la situation.
En août elle avait donné la vie à un garçon, Anthony. Pas question pour elle de retourner au collège. Philippe continuant ses études de médecine, elle avait du trouver un travail comme hôtesse de caisse dans un hypermarché.
Philippe échoua sa quatrième année, et se reconvertit en tant qu’infirmier. Il tint son épouse pour responsable de son échec, ne voulant pas assumer son incompétence. A ses yeux, elle était responsable, car il ne pouvait pas étudier comme il l’aurait voulu dans leur petit appartement, parce qu’elle ne pouvait pas tout assumer, parce que l’enfant pleurait les nuits. Tout était bon à ses yeux pour en faire incomber la responsabilité.
Dès lors, leur couple fut bancal. Ils restaient ensemble pour Anthony. Ils se voyaient peu, car Philippe assurait la garde de nuit. C’est probablement cela qui fit que leur union perdura. Lorsque Anthony eut dix ans, le couple songea divorcer, mais Françoise était à nouveau enceinte. Ils se résignèrent, et restèrent ensemble, dans les mêmes conditions. De cette union naquit Jessica
Leur situation financière s’était considérablement arrangée, mais Philippe avait toujours refusé d’aller passer leurs vacances en Italie. Il détestait les peuples du sud, qu’il considérait comme sales, bruyants, incultes, voir non civilisés. Il imposait donc des vacances, toujours dans des pays plus au nord.
Un an plus tôt, sans que rien ne l’y prépare, Philippe avait quitté le domicile conjugal, emportant toutes ses affaires. Lorsque Françoise était rentrée de son travail, elle avait trouvé les placards vides, et un mot sur la table de la salle à manger. « La vie ici m’est insupportable. Je pars ! ». Rien de plus.
Ce fut un choc pour Françoise, car il lui semblait que leur couple allait mieux. Dans les semaines qui suivirent, elle s’était cependant rendu compte que tout leur entourage semblait au courant qu’il entretenait depuis plusieurs années une liaison avec une infirmière beaucoup plus jeune, et qui venait de lui donner un autre fils. Jessica, en pleine crise d’adolescence, du haut de ses quinze ans, accusa sa mère de tous les maux, et demanda à aller vivre auprès de son père. Anthony, alors âgé de vingt-cinq ans avait quitté le domicile familial et partageait sa vie avec son amie depuis deux ans déjà.
Se retrouver brutalement seule à quarante-deux ans avait été assez pénible pour Françoise. En fait, jusque là, elle n’avait jamais été seule. Elle avait vécu avec ses parents jusqu’à l’âge de dix-sept ans, puis avec son mari. Il lui fallut quelques mois pour s’y adapter.
Jessica lui ayant fait savoir qu’elle irait au Royaume-Uni, comme jeune fille au pair pour parfaire son Anglais pendant toutes les vacances d’été, Françoise avait fait contre mauvaise fortune bon cœur. Puisqu’il en était ainsi, elle ne voyait pas pourquoi elle ne se ferait pas plaisir. Elle avait posé ses vacances pour le mois de juin, et allait pouvoir enfin réaliser son rêve de toujours. Elle n’en avait parlé à personne, sauf à Yvette, une de ses collègues, qu’elle savait être récemment allée dans la ville de Médicis.
Yvette lui avait été d’un grand secours moral après sa séparation. Etrange amitié que la leur, que tout opposait. Femme libérée, Yvette était une célibataire endurcie, collectionnant les aventures. Elle avait tenté d’entraîner Françoise dans les discothèques et autres boîtes de nuit avec elle, sans succès. Françoise ne pensait pas pouvoir séduire, et d’ailleurs, cela ne l’intéressait pas. Philippe ne lui avait-il pas lancé quelques jours avant leur séparation, qu’elle était nulle au pieu ? Et il avait raison. Elle ne s’était jamais investie réellement dans leurs relations intimes, car elle se sentait indifférente à la chose. Elle se bornait à faire son devoir conjugal. Attitude qui laissait Yvette abasourdie. Combien de fois lui avait-elle répété de se décoincer et de profiter de la vie ?
Françoise soupira avant de s’ébrouer. Il fallait qu’elle chasse ses idées noires, pour pouvoir profiter pleinement de son séjour. Elle entra dans une trattoria et goûta à la cuisine locale. Il était à peine vingt et une heures lorsqu’elle rentra à la pension et alla directement se coucher.
Couchée tôt, levée tôt, telle était sa devise lorsqu’elle voyageait. Sitôt son petit déjeuné avalé, elle s’était lancée à la découverte de la vieille ville. Elle avait passé presque toute la matinée dans la cathédrale Santa Maria DEL Fiore, plus connu sous il Duomo, et son campanile. Elle l’avait mitraillé avec son appareil digital, spécialement acheté pour l’occasion. Elle sourit en pensant à la réaction de Philippe, s’il l’avait vue ! Lui qui traversait tous les endroits touristiques à grandes enjambées, sans marquer le moindre intérêt pour quoi que ce soit.
Après le déjeuner, alors qu’elle photographiait le Palazzo Vecchio elle entendit quelqu’un lui parler en Italien. Elle se retourna et vit un homme qu’elle jugea de fort belle allure et distingué. Elle répondit maladroitement avec la phrase qu’un ami lui avait enseignée avant son départ :
- Scusi, non parlo Italiano.
- Française, n’est-ce pas ?
- Oh ! Vous parlez Français ? Oui, je suis française, comment avez-vous deviné ?
- Votre accent. Je parle un peu votre langue. Je vous signalais la silhouette humaine taillée sur le mur de droite.
- Où ? Ah oui, je la vois !
- Selon la légende, c’est Michelangelo qui l’a ciselée à l’aveuglette, les mains liées dans le dos.
- Etonnant !
- D’où venez-vous ?
- De Laon.
- Laon ! Une bien belle ville, avec une extraordinaire Cathédrale du XIIe siècle, si mes souvenirs sont bons.
- C’est cela ! Vous connaissez Laon ?
- Uniquement par les livres.
Ils continuèrent de converser ainsi. Françoise apprit qu’il se nommait Antonio, était âgé de trente-huit ans, et que les Arts étaient sa passion, qu’il enseignait à l’université. Il lui servit de guide, lui montrant quantité de détails qu’elle n’aurait pas vu si elle avait été seule.
Le soir venu, ils se séparèrent, non sans s’être donné rendez-vous pour le lendemain après-midi, et cela se reproduisit les jours suivants. Antonio se montrait un guide parfait, d’une connaissance qui semblait inépuisable sur les Arts et l’histoire. Il lui montrait quantité de détails devant lesquels elle serait passée sans les voir.
Françoise eut une pensée pour son amie Yvette. Elle serait estomaquée de savoir qu’elle venait de passer des heures à bavarder avec un aussi bel homme, sans qu’il n’y ait rien eu d’autre, pas même une allusion discrète Pour Françoise, rien d’étonnant : comment un aussi bel homme pourrait s’intéresser à une femme aussi insignifiante qu’elle, pour la bagatelle ?
Le jeudi, Antonio lui proposa de faire une petite excursion en voiture au travers de la Toscane, en partant le vendredi après-midi pour ne revenir que le dimanche soir. Françoise n’hésita pas une seconde, se surprenant elle-même de sa témérité. Elle en apprécia chaque moment, fut rassurée en constatant qu’il leur avait réservé deux chambres à chaque fois.
Le samedi, après le dîner, ils s’en furent se promener dans les rues sinueuses et pittoresques de Sienne. C’est devant la maison natale de Sainte Catherine, la patronne de la ville, qu’Antonio déposa un baiser sur les lèvres de sa compagne. Françoise se surprit à le lui rendre.
Le lendemain matin, il lui fallut un moment pour réaliser d’où provenait le souffle chaud sur sa nuque, et à qui appartenait le bras posé sur elle. Elle était incrédule devant cette réalité. D’une part qu’un homme comme lui ait pu s’intéresser à elle, et d’autre part, qu’elle-même ait pu le laisser aller aussi loin. Elle accusa, en toute bonne foi, le Chianti d’en être le responsable. Ils avaient dû trop en boire. Elle commença à redouter la réaction d’Antonio lorsque celui-ci se réveillerait aux côtés d’une femme aussi insignifiante qu’elle. Elle voulut se lever doucement, pour s’habiller avant qu’il ne se réveille. Lui épargner une horreur au réveil. Mais il ouvrit les yeux lorsqu’elle bougea, lui sourit avant de la resserrer plus étroitement contre lui.
- T’en vas pas aussi vite, ma belle !
C’est en amoureux, qu’ils continuèrent leur virée. Ils rentrèrent à Florence. Arrivés à la pension, elle demanda d’avoir une camera doppia, pour que son compagnon puisse rester auprès d’elle. Mais le soir, vers minuit, après l’amour, il la quitta. Il voulait, disait-il, rentrer chez lui, préparer ses cours, et ne pas la réveiller lorsqu’il se lèverait de très bonne heure. Un peu dépite, elle le laissa partir.
Toute la semaine, il en fut ainsi. Ils se retrouvaient pour le déjeuner, après les cours d’Antonio, et se quittaient vers minuit.
Françoise se sentait un peu perdue. Elle était attirée par cet homme, surtout sur le plan cérébral. Elle était incapable cependant de dire si elle en était amoureuse. Sur le plan physique, elle devait reconnaître que rien n’avait changé. Elle était toujours aussi peu portée sur la chose, se donnant uniquement pour lui faire plaisir à lui, mais aussi par une sorte d’esprit de revanche sur les infidélités de son ancien mari. Elle ne savait pas encore comment, mais elle lui ferait savoir qu’elle avait eu une aventure en Italie, avec un homme autrement plus beau que lui.
Le week-end suivant, Antonio lui réserva une autre surprise : il l’emmena à Venise, sa ville natale. C’est de là qu’elle envoya beaucoup de cartes postales à ses proches et ses amis, en faisant également signer Antonio. Ils auraient un choc, feraient quantité de suppositions… Elle n’oublia pas d’en envoyer une à Philippe.
Ils rentrèrent à Florence le dimanche soir. Françoise avait annulé sa réservation à Rome pour la semaine suivante. Elle voulait rester auprès de son amant.
Le lundi matin, après une nuit blanche, elle se décida brusquement à partir très tôt pour Fiesole. Elle se rendit sur la Piazza San Marco pour prendre le bus en direction de cette petite ville. Elle voulait photographier depuis le jour se levant sur Florence.
Elle sourit en entendant les sifflements admiratifs des éboueurs à son intention. Dire que quelques jours auparavant, elle n’aurait pas pensé qu’ils lui étaient destinés. Elle se tourna vers le camion, en leur faisant un signe de la main. Mais elle arrêta son geste, et resta la main en l’air.
Parmi les éboueurs, elle venait de reconnaître Antonio ! Lui aussi l’avait vue. Il avait changé de couleur, mais n’avait fait aucun geste. Françoise était restée là, sans bouger, un long moment après que le camion ait disparu au croisement.
Ainsi Antonio n’était pas le professeur d’université qu’il prétendait ! Mais Françoise n’en avait cure ! Elle appréciait cet homme, qu’elle qu’en fut la profession !
Elle se rendit à leur point de rendez-vous, mais Antonio ne s’y présenta pas. Ni le lundi, ni les jours suivants. Il devait être honteux d’avoir été découvert. Ils n’avaient jamais échangé de numéros de téléphone, il lui était donc impossible de le joindre. Elle tenta bien de retourner à Fiesole, mais n’y retrouva pas les éboueurs.
Jusqu’au samedi, jour de son départ, elle espéra qu’il viendrait. Vain espoir. Elle quitta Florence, la tête pleine de souvenirs. Ce séjour aurait été une sorte de renaissance pour elle. Elle garderait pour toujours Antonio dans un coin particulier de sa mémoire. Peut-être reviendrait-elle à Florence pour essayer de le revoir ? Pour ne pas s’apitoyer sur elle-même, elle imagina la réaction d’Yvette en apprenant l’escapade amoureuse de sa collègue avec un professeur d’université. Elle ne lui dirait pas l’exacte vérité, Yvette avait beau être une femme libérée, elle n’aurait pas compris que l’on puisse s’attacher à un éboueur, aussi merveilleux fut-il !
08 juillet 2008
Hurlements , pétunia et bouderies
Pati et moi sommes allés dîner chez des amis : Walkyrie et Soupaulait, leurs enfants, les jumelles Peste et Scarlatine, 6 ans, et le petit dernier Choléra, 4 ans. N’oublions pas Nombril, la télévision.
Je sais que les surnoms des marmots choquera certains. J’adore les enfants, mais j’avoue qu’en ce qui concerne ce trio, on comprend pourquoi certains animaux bouffent leurs petits ! Je résumerais simplement la situation en disant qu’ils ne se supportent pas et se jalousent les uns les autres. Toute action semble être dictée par un besoin d’attention et de reconnaissance des parents. Ils ressemblent aux enfants de la série Malcolm... En pire
ON MONTE OU ON REPART ?
Ils habitent dans un logement, au quatrième étage, sans ascenseur. Au fur et à mesure que vous gravissez les marches, divers sons parviennent à vos oreilles : Nombril vantant les mérites de nouvelles couches, de dentifrice, etc. Une querelle mettant en scène deux voix suraiguës, des cris de douleur exagérés. Un hurlement (de Walkyrie) vient y mettre provisoirement fin : « Peste ! Scarlatine ! ASSEZ ! ».
Cela promet ! Ils sont une fois de plus sur les nerfs ! Courage ! Il faut y aller ! A l’assaut du second étage.
Nombril continue de venter ses produits, tour à tour protection féminine et rouge à lèvre… Les voix suraiguës reprennent. Hurlement « Vos gueules ! » Silence, seule Nombril ne se sent pas concernée.
Ce n’est pas le fait de gravir toutes les marches qui nous ralenti…
Nombril vente à présent une voiture… mais le son est couvert par un cri strident. Hurlement : « Peste ! Scarlatine ! Laissez votre frère tranquille ! »
Gravir le dernier étage nous semble encore plus long.
Nombril parle de préservatif et de pâtes. Les voix suraiguës se lancent des noms d’oiseaux. Nouveau hurlement, mâle cette fois ! « Silence ! J’écoute Nombril moi ! » Tandis qu’en écho provient « Peste ! Scarlatine ! Allez dans votre chambre ! »
Driiiiiiiiing !
La sonnette, elle aussi bruyante et suraiguës vient mettre un nouveau terme temporaire à la cacophonie. Seule Nombril continue de vanter du papier toilette.
« Mamaaaaaaaaaaan ! on a sonné ! » Voix suraiguës en cœur, suivi, toujours en cœur : « arrêêêêêête ! C’est moi qui dis ! » « Chérie ! On a sonné ! » « Allez ouvrir, j’cuisine moi ! » « M’man les filles m’embêtent » Imaginez cela non mixé, tout ensemble !
Cela s’éternise… Bruits de pas, vociférations « Vous pourriez bouger vos graisses ! Je fais tout ici ! »
La porte s’ouvre enfin… déjà ? Je ne sais pas trop quel mot utiliser ! Dans le fond, nous espérions qu’elle ne s’ouvrirait pas…
Walkyrie et une odeur de graillon nous accueillent. Embrassades.
« Entrez ! Entrez ! Faites comme chez vous ! Je retourne à la cuisine»
UNE FOIS ENTRES...
Première opération : jeter nos vestes sur un énorme entassement de vêtements sur le porte mentaux. L’Himalaya des portes manteaux ! Sous les regards soupçonneux des jumelles. Sourcils froncés, elles toisent les perturbateurs, Peste un paquet de chips à la main, Scarlatine un de cacahuètes. « Dites bonjour ! » Le hurlement provient de la cuisine. Les deux s’exécutent, sourcils toujours froncés, lèvres dégoulinantes de graisses végétales et de sel. Même chose pour les mains qui se posent sur nos manches…
Bon, entrons dans le… euh ? Salon ! Regardez bien ou vous mettez les pieds. Amoncellement hétéroclite d’objets en tous genres, principalement des jouets, des magazines et des chaussures… Prenez vos pelles dégagez votre chemin !
Soupaulait s’arrache difficilement de la contemplation de Nombril qui vante à présent un programme à venir sur la chaîne. « Ca va ? Un apéro ? » Strict minimum de mots. Et toujours les regards noirs des jumelles. Nouveau hurlement provenant de la cuisine : « fous-moi la paix ! Va dire bonjour ! … tu m’emm… »
Choléra déboule dans le… euh ? Salon. Son accueil contraste avec celui de ses sœurs. Il nous saute dans les bras et nous embrasse. « Dis ! T’as un cadeau pour moi ? ». Sa démonstration serait-elle uniquement à but intéressé ? Les jumelles se révèlent moins hostiles lorsqu’elles voient Pati sortir des cadeaux de son sac. Grognements, onomatopées voulant probablement dire merci de leur part.
« Mais ? Vous êtes encore debout ? Soupaulait ! Fais de la place pour nos amis, voyons ! » Besoin d’une pelleteuse pour dégager une petite place pour y déposer nos délicats postérieurs.
PAS LE BON SOIR ?
Dans le fond, ils devaient regretter de nous avoir invité ce soir là, alors que Nombril diffusait une émission les intéressants particulièrement. Visiblement, tous deux avaient une oreille et un œil rivés à Nombril, et l’autre moitié à nous, mais distraits.
Nous sommes, en fait, très différents, (totalement, me souffle Pati) mais cela n’a pas empêché de tisser des liens amicaux.
Le plus dur étant de trouver des sujets de conversations. Ils ne s’intéressent à pas grand chose. Voyage ? Les seules questions que vous entendrez : Pourquoi faire ? T’as eu quel temps ? Z’avez mangé quoi ? Pas de frites ? ? ? ?
REPAS OU CATCH ?
Au moment de se mettre à table, Choléra jouait avec un ballon :
Tchoc ! La balle tape le sol
Pof ! Elle frappe le mur
Tchoc ! Retour au sol
Plof ! Dans les mains
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Choléra, à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Choléra, à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Choléra ! J’ai dis à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Choléraaaaaa, àaaaaaaaaaaaa taaaaaaaaable ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
Peste ; d’une voix encore plus suraiguë :
« Je vais bien l’arrêter, moi ! »
LE DRAME AURAIT PU ETRE EVITE
Je compris sur-le-champ le drame qui se tramait !
Je lançais un regard désespéré à Walkyrie puis à Soupaulait. Surtout ne rien dire, pour ne pas être accueilli par le fameux « t’as des enfants ? ». Rien ! Aucune réaction des parents !
Peste se rua près de son frère et donna un grand coup de pied dans le ballon.
Buuuuuuuut ! Comme je l’avais pressenti !
Mais la suite se déroula légèrement différemment de ce que je prévoyais !
La balle traversa la salle, juste entre nos têtes, mais elle ne passa pas au travers de la fenêtre ouverte comme je le pensais. La footballeuse en herbe ayant mal calculé son tir. Le ballon heurta le pot de fleur sur le bord de la fenêtre.
Tandis que la malheureuse plante allait s’écraser 4 étages plus bas, la balle était projetée en arrière. Bon gardien de but, le pétunia !
RECONVERSION POUR LE PETUNIA : O.M. ? P.S.G. ?
Buuuut ! Le ballon dans le plat de frite, après avoir heurté la bouteille de vin, quelques verres et autres couverts.
Rire d’hyène hystérique de Peste. Hurlements de sirène de Choléra. Les parents pétrifiés. Pati blême, moi me mordant la langue pour ne pas éclater de rire devant le spectacle. Prompt comme le jaguar se ruant sur sa proie, Scarlatine reprenait la balle, se prenant pour une handballeuse. Le ballon suivit le pétunia…
Telles des éruptions volcaniques, les parents s’écrièrent en cœur :
« Non mais ? Cela ne va pas ? Non ? »
Soupaulait : « Scarlatine, va chercher la balle ! »
Walkyrie : « Peste, va chercher le pot de fleur »
Et dans une chorégraphie parfaite, (z’avaient répété, non ?) Chacun gifla une des jumelles. (pas fort, je vous rassure)
Ouiiiiiiiiinnnnnnnnn ! 3 sirènes ! 2 gamines en pleurs descendant chercher leurs victimes. Choléra se roulant par terre, victime d’une crise de nerfs, avec des « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! » Vous vrillant les tympans jusqu’aux bouts des orteils. Lorsqu’il est ainsi, rien à faire d’autre que d’attendre qu’il se calme ! Essayer de le réconforter, de le toucher ne fait qu’augmenter sa crise et vous expose d’avoir des bleus sur tout le corps.
Les parents, toujours en parfaite synchronisation, passaient par toutes les couleurs et sentiments. Après la colère, la stupéfaction des actes des jumelles, et pour finir la honte de leur réaction. Car, s’ils crient et menacent beaucoup, les châtiments sont quasi inexistants.
Les jumelles toujours aussi renfrognées remontèrent. Le ballon, indemne, mais plus aucun espoir pour le pétunia. Choléra se rua sur le ballon.
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
SILENCE ON BOUDE !
Choléra boudait en jouant avec son ballon et ne voulait pas manger.
Les jumelles, sourcils encore plus froncés, boudaient en mangeant leurs frites et regardant Nombril.
Les parents, honteux, boudaient en mangeant leurs frites et regardant Nombril.
Pati, se demandant ce qu’elle faisait là, boudait, ne mangeait pas et regardait un vague point au-delà de la fenêtre.
LA FUITE
je ne boudais pas, ne mangeais pas, et essayais de contrôler le fou rire devant l’irréalisme de la scène.
Finalement, n’y tenant plus, je me levais, bafouillais quelque chose d’incompréhensible (selon Pati après) où l’on ne comprit que « excusez-moi…. Oubli… Voiture… reviens… » et me précipitais dans la cage d’escalier ou je pouvais enfin laisser fuser le fou rire
A mon retour, la situation n’avait pas beaucoup changée. Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof ! Les jumelles toujours aussi renfrognées, boudaient. Les parents ne boudaient plus, mais étaient toujours aussi honteux. Pati était redevenue elle-même, et essayait de dérider l’atmosphère avec un long monologue que personne n’écoutait vraiment ! Hé ! Pati ! On ne peut rivaliser avec Nombril ! Cependant, cela devait relativiser la honte des parents, vis à vis de nous.
Agir comme si rien ne s’était passé. Allez ! On aide la maîtresse de maison à débarrasser la table. Le dessert arrive. Je vais vers Choléra
CHOCOLAT, VIENS A NOTRE SECOURS !
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Ca va ? »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Allez ! Viens au moins manger du dessert ! tu n’as rien mangé »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« C’est une glace au chocol… »
Pas le temps de terminer ma phrase, le mot magique avait fait son effet. Peut être aurait-il fallut mettre une crème au chocolat sur ses frites, pour le faire venir, et la soirée eut été plus calme ? (Oui, mais, je n’aurais rien eu à vous raconter !)
Ouf ! Un de moins pour bouder !
Toujours aussi honteux, les parents ne pouvaient rien avaler, et offrirent leurs parts de dessert aux jumelles. Renfrognées, folles de rage d’avoir été atteint dans leurs amours-propres, elles les avalèrent sans se rendre vraiment compte de ce qu’elles mangeaient. Il y aurait eu un coulis d’huile de foie de morue, qu’elles ne s’en seraient pas rendu compte.
Et la petite victime alors ? Choléra qui n’avait rien fait se retrouvait puni en ayant qu’une part de glace ! Prends la mienne, petit !
D’une pierre, je faisais 2 coups : Choléra était heureux d’avoir deux parts comme ses sœurs, et moi, de me débarrasser de la glace J’adore le chocolat, mais pas en glace.
La soirée continua sans événement marquant, ponctuée de chamailleries des gosses, de rappels à l’ordre des parents… La routine, quoi !
Courte échelle à Pati pour qu’elle puisse attraper nos vêtements.
Dans la voiture, je résumais la situation :
« Plutôt calme, la soirée ! Pour une fois ! »