La Plume du Castor

31 décembre 2009

Naissance d’une rumeur

En ce beau dimanche après-midi, le soleil aoûtien brillait. Le club des 4a (voir : «  exit ce vieux ronchon de Lucien ») était, comme à son accoutumé, réuni chez Adélaïde, pour la lecture quotidienne du journal que la vieille femme tenait sur son cahier. Journal qui était toujours bien maigre pendant l’été, avec tous les départs en vacances, ou les différentes sorties des habitants de la Résidence Fleurie. Heureusement, cette année, le nouveau locataire, L’Impudique, défrayait leur chronique avec toutes ces frasques.

Elles gardaient les fenêtres grandes ouvertes, pour mieux percevoir les éventuels bruits extérieurs, et se précipitaient sur leurs jumelles dès qu’elles en percevaient un.

Adélaïde se rengorgea. Une fois de plus, son journal allait tenir en haleine les autres femmes. Celles-ci se doutaient d’un évènement bien particulier, car, lorsque c’était le cas, Adélaïde sortait le servie à thé en porcelaine anglaise, qu’elle tenait de sa mère. Elle ne le sortait que pour les grandes occasions. De plus, le plateau avec la carafe de cristal contenant du porto annonçait des nouvelles croustillantes, de celles qui retournaient la fragile Agathe. Ses « connaissances » (elles refusaient toutes le terme d‘« amies ») se demandaient encore, au bout de 40 années, si elle était prude à ce point -après tout, elle avait été mariée ! - pour rougir rien qu’en entendant le mot « sexe », ou si ce n’était pas un prétexte comme un autre pour boire son petit verre de porto.

La chronologie de ce qui s’était déroulé depuis leur départ, la veille, se passa rapidement. Comme on sentait l’ombre du scandale, on épilogua pas comme à l’accoutumé sur le nombre de sacs de provisions qu’avaient rapporté les différents locataires. Adélaïde se resservit de thé, le but à petites gorgées. C’était « Le » signe ! Celui qu’à la reprise de la lecture, on saurait enfin ce qui s’était passé. Adélaïde reprit sa lecture, lentement, détachant bien les mots, les syllabes, tout en guettant de l’oeil les réactions.

« 23h30 : sur le parking, L’Impudique est de retour... »
« Si c’est pas une heure pour rentrer ! » bougonna Amélie, mais les « chut ! » des autres lui intimèrent l’ordre de se taire.
« ... Bien, entendu, accompagné... »
« Comme toujours ! Quel coureur de jupons ! » bougonna, une fois encore Amélie. Ce à quoi Artémise surenchérit 
« Comme tous les mâles, quoi ! »
Irritée d’être ainsi interrompue, Adélaïde se racla la gorge bruyamment, et reprit la parole, un peu plus fort.
« ... Accompagné par un... Homme ! »

Silence. De la part d’Adélaïde, pour marquer une pose, souligner l’importance de l’évènement, non sans lancer des coups d’oeils entendus à ses complices. Ces dernières étaient stupéfaites, incertaines d’avoir bien compris la nouvelle, incertaine de ne pas être les jouets hallucinations auditives. Mais, déjà Adélaïde reprenait.
« 23h36 : les deux hommes pénètrent dans l’appartement de L’Impudique... Et sans plus tarder, se déshabillent totalement... »

Un triple « ho !»  scandalisé accueillit la nouvelle. Un « ho ! » qui sonna comme un « olé ! » aux oreilles d’Adélaïde. Elle attendit un peu avant de reprendre la lecture. Le temps qu’Agathe attrape la cruche de porto, s’en serve une bonne rasade et la boive cul sec. Mais cette fois-ci, les deux autres spectatrices en firent autant.
« 23h42 : L’Impudique revient avec une bouteille de Champagne qu’il débouche. Et, le plus naturellement du monde, s’assoit sur le même canapé que son ami. Oui, mesdames, nus, côte à côte, leurs peaux se frôlant... »

Un cri de souris l’interrompit. Agathe se servait un nouveau verre de porto, immédiatement imitée par les deux autres femmes. Adélaïde se doutait bien que la nouvelle surprendrait les autres femmes, mais pas à ce point. Même Amélie, jamais avare en critiques, restait coite. Un véritable succès pour Adélaïde. Les trois femmes étaient tellement stupéfaites, retournées, qu’elles se servaient déjà un troisième verre de porto. Ce qui fit quand même froncer les sourcils de leur hôtesse, au prix où elle l’avait acheté ! Mais bon, c’est rançon du succès, comme on dit ! Il fallait continuer, passer à l’estocade finale. Jamais elles n’avaient été pendues à ses lèvres comme en cet instant.

« 23h56 : Ils sont toujours côte à côte, bavardent, lorsque L’Impudique lève le bras pour presser sur l’interrupteur au dessus de son épaule. Nuit noire, impossible de voir ce qu’il se passe.... »
Tandis qu’Agathe et Artémise buvaient leurs quatrièmes verres de porto, Amélie ne put se contenir d’avantage :
« Ce qu’il se passe ? Pas besoin d’être devin pour le savoir ! Mais c’est dégueulasse ! Contre nature ! Ah ! Je vous dit pas la jeunesse actuelle !... »
« Ne dites pas n’importe quoi, Amélie - interrompit Adélaïde - cela a toujours existé ! C'est "normal" »
Tandis que, de sa petite voix, Agathe risquait un :
« Mais il ne s’est peut-être rien passé ? Vous brodez... ! »
« Ma chère Agathe, ne jouez pas les innocentes ! Ce sont des hommes ! Des hommes ! Et nous savons bien que les hommes ne pensent qu’à « ça », y compris avec des animaux ! » C’était partit pour une longue tirade dont Amélie avait le secret. Elle ne se rendait pas compte qu’Adélaïde et Artémise s’en divertissaient et la poussaient régulièrement et volontairement sur le sujet, rien que pour la voir se démener. Le seul problème était qu’à la fin de ses discours sur « la chose », la pauvre Agathe repartait en titubant, pour avoir un peu trop forcé sur le porto.

Adélaïde culpabilisait un peu. Elle avait omis volontairement de lire ses annotations suivantes.
« (...) heureusement qu’avec mes jumelles à infrarouge je peux continuer de voir ce qu’il se passe.
23h57 : L’Impudique et son ami se lève, et ouvrent le canapé-lit. Son ami se couche, tandis qu’il se rend seul dans sa chambre.
00h15 : Ils semblent dormir, chacun de leur côté. Je devrais bien en faire autant.
04h23 : Besoin de me relever pour un petit pipi. Je regarde à nouveau chez l’Impudique. Rien ne semble avoir bougé.
06h00 : Je suis déjà debout. La curiosité m’a empêchée de bien dormir. Je suis en poste. R.A.S. !
08h00 : L’Impudique se lève, et va dans la salle de bain.
08h05 : son ami se lève à son tour, et referme le canapé.
08h10 : L’Impudique sort de la salle de bain. Son ami va prendre sa place.
08h13 : L’Impudique est allé chercher des serviettes dans la chambre, qu’il porte dans la salle de bain. »

Le sentiment de culpabilité fut vite balayé par l’envie de gloire d’Adélaïde, qui, après avoir réclamé le silence, passa directement au passage suivant.

« 08h14 : l’appartement de l’Impudique semble vide. Je peux voir la bouteille de Champagne et les deux coupes encore sur la table du salon. En dehors de cela, tout semble nickel dans cette pièce, mais la chambre à coucher est en désordre... »
« Qu’est-ce que je vous disais ? » glapit Amélie. Quant à Agathe, une fois de plus rouge comme une cerise, elle avalait son énième verre de porto.
« 08h15 : L’Impudique sort de la salle de bain, cheveux mouillés. Il va s’afférer dans la cuisine.
08h19 : son ami sort à son tour de la salle de bain.... »
« Ah les hommes ! Non contents d’une nuit de débauche, ils font encore « ça » sous la douche ! » aboya Amélie.
« 08h36 : l’impudique et son ami quittent la Résidence »
Amélie profita de cette « fin » pour reprendre la parole et la monopoliser pour, on s’en doute, critiquer une fois encore la gente masculine et ses perversions. Adélaïde, surprise, constata qu’Agathe ne semblait plus s’offusquer des propos, pourtant bien crus, d’Amélie. Au contraire, un sourire euphorique flottait sur ses lèvres.

Ce n’est que lorsqu’elle voulut étancher sa soif avec un petit verre de porto bien mérité, qu’Adélaïde comprit la raison du sourire énigmatique d’Agathe : la carafe de cristal était... Vide.

(à suivre)

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29 décembre 2009

Exit ce vieux ronchon de Lucien

Comme tous les jours, le club des 4A, comme elles le nommaient, s’était réuni chez Adélaïde. La raison de ce nom était simple : elles étaient 4, et toutes avaient des prénoms commençant pas A. Adélaïde, 92 ans, Agathe 88 ans, Amélie la cadette, 86 ans, et elle, Artémise, la doyenne, 96 ans. Seule Adélaïde vivait dans le bâtiment B, et avait une belle vue sur le bâtiment A, depuis les fenêtres de son petit appartement. Elle était aussi la reine des commérages, qui, depuis des années, observait tout ce qui se passait. Pour être certaine de ne rien oublier, elle écrivait tout sur des cahiers d’école à feuilles quadrillées, avec le plus de précisions possibles : les heures de sorties et de rentrées de chaque locataire, la manière dont ils étaient habillés, qui avait bavardé avec qui, et même les intrigues amoureuses qu’elle soupçonnait. Tout, absolument tout, était consigné. Une fois qu’un cahier était rempli, elle le numérotait, en indiquant les dates de début et de fin, et le rangeait dans la bibliothèque de son salon. Il y en avait des centaines, de quoi faire le bonheur d’un sociologue qui aurait eu l’idée saugrenue de faire une étude sur les locataires de la Résidence Fleurie. Le club des 4A se réunissait, et se délectait de la lecture des derniers évènements depuis que l’on s’était quitté. Leurs imaginations débordantes leur permettant de broder sur le plus simple détail. Deux jours de suite, deux locataires sortaient leurs chiens au même moment ? Une idylle était sur le point de naître. Si le jour suivant, ils ne sortaient pas au même moment, il y avait de la brouille dans l’air, ou un conjoint soupçonneux avait tiré les mêmes conclusions qu’elles... Ce n’étaient pas de la médisance pure, juste le moyen de tromper leur ennui. Seule, Amélie, pouvait se montrer plus calomnieuse, car aigrie par la vie.

Ce jour là donc, dix-huit mois auparavant, quelle n’avait pas été leur surprise de voir un camion de déménagement arriver. Rien n’avait laissé supposer un tel évènement. Elles avaient délaissé la lecture pour observer la façade du bâtiment A, guettant le moindre indice de l’appartement dans lequel cela se passait. Mais aussi pour commenter les meubles que l’on sortait. Depuis peu, Agathe avait un appareil numérique, cadeau de Noël de son petit fils. Il s’avérait fort utile pour photographier le mobilier, que l’on pourrait commenter tout à loisir ultérieurement. Pour Agathe, cela avait été aussi une sorte de revanche, car se sentant inférieure socialement à ses complices, elle avait à présent un domaine qu’elle était la seule à maîtriser : l’informatique, avec un ordinateur portable.

Soudain, Adélaïde, plus aguerrie à l’espionnage du voisinage, s’était écriée :

- Mais ? C’est ce vieux ronchon de Lucien qui s’en va ! Regardez, ils décrochent ses rideaux !

Elles étaient offusquées de ne pas en avoir été informées. Il était arrivé en même temps qu’elles, lorsque la résidence n’était pas tout à fait terminée. Bien qu’ils ne se soient jamais vraiment fréquentés, tout au plus un « bonjour » lorsqu’ils se croisaient, elles considéraient cette attitude comme un grave manquement à l’étiquette. En tant que « voisine du dessus », Adélaïde fut diligentée chez « ce vieux ronchon de Lucien » pour s’enquérir de ce qui se passait. Elle n’aurait qu’à monter jusqu’à son étage, et redescendre ensuite pour demander les raisons de cette agitation. Ainsi, on ne la soupçonnerait pas d’avoir « espionné » et l’honneur du club des 4A serait sauf.

Vingt minutes plus tard, Adélaïde était de retour, se rengorgeant quelque peu de la nouvelle qu’elle allait leur annoncer. C’était rare que ce soit elle qui annonce les nouvelles. Aussi prit-elle son temps pour savourer ce petit plaisir.

« Mesdames, le vieux ronchon de Lucien a déjà quitté les lieux ! »
Un « non ? » collectif, et horrifié, accueilli sa déclaration.
« Mais j’ai pu parler avec l’un des déménageurs, un petit jeune homme charmant, au demeurant... »
Détails qui exaspérèrent Amélie, voulant qu’on aille droit au but :
« Vous a-t-il dit où était parti le vieux ronchon de Lucien ? »

Elles se vouvoyaient. Ils ne leur serait jamais venu à l’esprit de se tutoyer, même si elles se connaissaient depuis près de 40 ans, tout comme elles continuaient de se serrer la main. Tutoiement et embrassades étaient considérés comme trop familiers. Elles se considéraient non pas comme des amies, mais comme des « connaissances ». Il leur avait fallut 35 années avant de laisser tomber le « madame » devant leurs prénoms.

« Il est parti en maison de retraite ! »
Un « oh ! » horrifié et collégial accueilli la nouvelle. A leurs yeux, maison de retraite rimait avec mouroir.

Néanmoins, le départ de « ce vieux ronchon de Lucien » était une bonne nouvelle. Elles ne l’avaient jamais apprécié, simplement parce qu’il ne s’intéressait pas à elles. Pour lui, il y avait deux mondes : celui des hommes, et celui des femmes, que l’on ne mélangeait qu’à but reproductif. Sinon, ces deux mondes n’avaient rien de commun, rien à partager, rien à se dire. Notons que dans la résidence, les hommes le considéraient comme un joyeux drille et nullement comme un vieux ronchon.

Pendant les semaines qui suivirent, le club des 4A put observer, à souhait, les travaux effectués dans l’appartement « de ce vieux ronchon de Lucien ». Tâche facilitée par le fait qu’il était le vis à vis de celui d’Adélaïde, et que toutes 4 avaient de puissantes jumelles. C’est avec satisfaction qu’elles virent les ouvriers enlever le vieux papier peint marron, datant de son installation, et jugé trop masculin, donc sans goût. Mais leur satisfaction fût de courte durée en voyant les peintres se mettre à l’oeuvre :

« Quelle horreur ! Des murs blancs ? Partout ? Mais, on se croirait à l’hôpital ! »

Amélie résumait à voix haute ce que toutes quatre pensaient.

Elles critiquèrent ensuite l’ameublement, résolument moderne. Les quatre femmes étaient désappointées. Cela signifiait que les nouveaux locataires seraient des jeunes. Elles espéraient des personnes plus proches de leurs âges.

Comble de l’horreur, les nouveaux locataires ne semblaient pas vouloir mettre de rideaux aux fenêtres. Seule Adélaïde s’abstint de tout commentaire à ce sujet : l’absence de rideaux lui permettait de mieux voir ce qu’il se passait dans les appartements. Ce pouvait être intéressant !

Agathe, Amélie et Artémises se trouvaient sur un des bancs longeant l’allée menant aux bâtiments lorsque le nouvel habitant fit enfin son apparition. Un jeune homme apparemment seul. Un « gamin » de 25 ans environ, qu’elles jugèrent plutôt beau gosse. Mais un mal éduqué ! Pas un regard vers elles, pas de réponse à leur bonjour. Grossier personnage ! Depuis son appartement - elle n’aimait pas sortir - Adélaïde avait suivi la progression du jeune homme. Dès qu’il eut disparu dans le bâtiment A, elle s’était un peu reculée de la fenêtre, et avait braqué ses jumelles vers l’appartement de « ce vieux ronchon de Lucien » pour être certaine que ce soit le nouveau locataire. Et, effectivement, quelques minutes après, il pénétrait dans l’appartement. Là, elle le voyait mieux.

« Il est quand même mieux que le vieux débris ! Quelle classe ! Quel beau visage !  Mais ? Que fait-il ? Il.... Non !»

Adélaïde rougit jusqu’à la racine des cheveux. Ce petit sans pudeur s’était totalement déshabillé et évoluait nu dans son appartement. Adélaïde était offusquée, mais en même temps, le spectacle la fascinait !

La sonnerie stridente de la porte d’entrée l’arracha à sa contemplation. Pour la première fois de sa vie, elle maugréa contre l’arrivée du reste des membres du club des 4A. Les trois commères se précipitèrent dans l’appartement dès qu’elle leur eut ouvert la porte.

« Alors ? Est-ce bien le nouveau qui vient d’arriver ? L’avez-vous vu dans l’appartement du vieux ronchon de Lucien ? »
« Oui, mais il faut que je vous dise... »
Elle n’avait pas eu le temps de terminer sa phrase que déjà les trois femmes, alignées, pointaient leurs jumelles vers l’appartement d’en face.
« ... Qu’il est tout nu dedans ! »
Agathe s’était déjà retournée, livide, elle se laissa tomber sur le fauteuil le plus proche. Artémise, se retourna à son tour.
« Il faut reconnaître qu’il est bien fait de sa personne, mais quand même ! Il pourrait fermer les volets ! »
« Non mais quelle honte ! Quel sans pudeur ! C’est de l’exhibitionnisme, mesdames, de l’exhibitionnisme je vous le dis ! Positivement scandaleux ! Écoeurant ! »

Celle qui s’exprimait ainsi, était Amélie, qui pourtant, restait à contemple le spectacle. Agathe réclama un petit verre de Porto pour se remettre de ses émotions, qu’elle avala cul sec. Ensuite, comme tous les jours, elles s’assirent autour de la tasse de thé traditionnelle, et entreprirent la lecture du cahier. Mais elles étaient distraites. À l’exception d’Agathe, toutes tournaient la tête régulièrement en direction de l’appartement de ce vieux ronchon de Lucien. Mine de rien. Elles n’auraient pas avoué, même sous la torture, qu’elles se délectaient du spectacle. Elles prétendaient juste vouloir vérifier si l’Impudique s’était enfin mis quelque chose sur les fesses.

Le club des 4A fut fort dépité de voir que le nouveau n’avait mis que ses initiales (J.C.D.V.) sur la sonnette et sa boîte aux lettres. Quel manque de savoir vivre ! Ne pas se présenter d’aucune manière ! Alors, elles le surnommèrent L’Impudique.

La vie avait presque reprit son cours habituel. Presque, car leur réunion journalière avait à présent plus de piment avec les frasques de L’Impudique. C’est qu’il rentrait presque tous les soirs accompagné, mais rarement par la même femme. Adélaïde se délectait de pouvoir décrire les différentes conquêtes de L’Impudique à ses congénères. Ces dernières la jalousaient un peu, car leurs vis-à-vis, à elles, avaient des rideaux ou fermaient leurs volets. Elles n’avaient donc pas grande chose à raconter, en dehors de quelques potins glanés de-ci, de-là. Cependant, Adélaïde se gardait bien de préciser que si elle pouvait aussi bien décrire les conquêtes de l’Impudique, c’est parce qu’elle avait une paire de jumelles à infrarouge, sans quoi, l’appartement plongé dans la nuit, elle n’aurait pas pu être aussi précise. Mais elle s'interdisait bien de regarder ce qu’il se passait dans la chambre.

(à suivre)

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22 décembre 2009

Monique attendait

Monique attendait.

Comme tous les soirs, depuis des années, Monique attendait le retour du travail de Gérard. Elle quittait la maison sur les coups de 16:30 et gagnait la gare routière, qu‘elle atteignait un demi-heure plus tard, juste avant l‘arrivée de l‘autocar.  C’était généralement beaucoup trop tôt, Gérard avait des horaires irréguliers, pouvant rentrer à dix-sept heures aussi bien qu’avec le dernier autocar, celui de vingt-trois heures.

Mais Monique attendait aussi longtemps que besoin.

Monique attendait en toute saison, été comme hiver, et quelque fut le temps, même lors des intempéries, des fortes précipitations, de la neige ou du gel. De tout cela, Monique n’en avait cure. Seul le retour de Gérard comptait. Son amour pour lui était inconditionnel, il était son amour, son maître, son dieu, son univers, son tout. Même malade, elle n’aurait pour rien au monde, manqué le retour de Gérard, ne serait-ce qu’un seul jour.

Monique attendait.

Elle venait d’arriver quelques minutes plus tôt. Suivant une sorte de rituel, elle se tenait debout sur une borne qui délimitait le parking. Elle n’avait plus l’agilité d’autrefois pour monter dessus, mais elle aimait monter dessus, se sentir plus grande. A la fois pour pouvoir guetter la silhouette de Gérard à l’intérieur de l’autobus, mais aussi pour qu’il la voit plus rapidement.

Monique attendait. L’autocar de 17:02 arriva. C’était celui que Monique aimait et détestait à la fois. Celui ramenant les enfants scolarisés en dehors du village. Elle aimait les enfants et ceux-ci lui rendaient bien. Mais même si ses oreilles n’étaient plus aussi sensibles que dans sa jeunesse, même si elle était à moitié sourde, les cris des plus jeunes lui vrillaient les tympans. Et il y avait parfois quelques petits chenapans qui aimaient à la bousculer.

Pendant la dizaine de minutes qui suivait, l’agitation était grande sur la place. Le temps que tout un chacun monta en voiture, ou reparte à pied vers son domicile. Et le calme revenait. Alors, Monique quittait alors son petit perchoir et gagnait le troisième banc de la gare routière, celui le plus proche de la haie de buis délimitant la propriété voisine. C’était aussi un rituel. Ce banc, et jamais un des deux autres. S’il était occupé, elle restait alors sur sa borne.

Sur son banc, Monique attendait. Elle observait principalement la route. La circulation avait considérablement augmentée. De plus en plus de personnes quittaient la ville pour venir vivre à la campagne. Par chance, Monique n’avait pas à traverser la Route Nationale. Elle en avait toujours eu peur, et elle la traversait toujours en courant. Mais à présent, ses rhumatismes le lui interdisaient.

L’autocar de 17:33 s’arrêta au milieu de la chaussée, sans se préoccuper du concert de klaxons occasionné. Seul un couple de jeunes gens en descendit. Comme à l’habitude, ils vinrent la voir et lui parler un court instant. Monique les regarda s’éloigner main dans la main. Elle les revoyait enfants, se chamaillant, jouant ensemble, puis préadolescents, à l’époque où « les garçons sont méchants » et où « les filles sont bêtes », et petit à petit, elle avait vu leur amour naître et croître. Ils étaient ses voyageurs préférés. Ils s’étaient toujours souciés d’elle. Et la jeune femme faisait si douce en comparaison de la majorité des autres voyageuses. Monique se demandait bien ce qui pouvait bien les rendre aussi agressives à l’intérieur. Non, Monique n’avait jamais pris l’autobus. Elle avait le mal des transports.

Monique attendait.

L’autocar de 18:06. Monique rentra la tête dans ses épaules. À l’intérieur, elle avait reconnu la silhouette abhorrée d’une femme. Une petite maigrichonne teigneuse qui ne cessait de crier après son fils, Christophe. Quoi que fasse ou dise ce dernier, elle lui criait dessus. A ses yeux, seule sa fille, Ariane, une blondasse de 6 ans, avait de la valeur. Celle-ci descendait. Précieuse, maniérée, elle était encore vêtue de son tutu rose bonbon. Sa mère prétendait toujours qu’elles n’avaient pas le temps d’attendre qu’elle se change, sinon elles loupaient le bus, et qu’elle seraient obligées d’attendre une heure le suivant. Alors Ariane était bien obligée de sortir avec ses habits de danse. Mais dans le village, personne n’était dupe. Tous savaient qu’elle exhibait sa fille, qu’elle la voyait déjà première danseuse que tous les ballets du monde s’arracheraient à coups de millions. Cependant, Monique la trouvait sans grâce, lourde et gauche. D’ailleurs, comme pour attester son jugement, la petite, voulant faire une sortie gracieuse de l’autocar, sauta de la dernière marche en faisant une sorte d’entrechat, se réceptionna mal, parti tête en avant dans une sorte de course, pour s’affaler de tout son long sur le trottoir et se mettre à hurler. Aussitôt, la femme se retourna vers son fils, lui donna une paire de gifles.

« Christophe ! Prend ça, vaurien ! Ca t’apprendra à pousser ta soeur ! »

Monique était indignée. Elle avait vu que la petite peste était tombée toute seule, que Christophe ne l’avait pas poussée. Mais il était bien inutile de le lui dire. Combien de témoins étaient déjà intervenus pour prendre la défense du garçon. Automatiquement, la femme se retournait contre eux, vociférait comme une forcenée qu’ils s’occupent de ce qui les regarde, n’hésitant pas non plus à les frapper de son parapluie qui ne la quittait jamais. Monique, elle aussi, avait eu droit aux coups de parapluie... Mais elle n’avait pas la force physique pour se défendre.

Monique resta un long moment la tête dans les épaules. Elle savait que les cris de la mégère continueraient tout au long de la Grand Rue, et même au-delà, jusqu’à ce qu’elle fut trop loin pour que le son de sa voix porte encore. Cris uniquement dirigés contre son fils.

Monique attendait.

Elle commençait à sommeiller sur son banc. Il y avait une heure d’attente avant le prochain bus. C’était long, mais pas assez pour s’en retourner chez elle et revenir. Une pluie inattendue s’abattit soudainement. Elle quitta sa place, pour aller sous le préau du bureau de tabac voisin. Le temps d’y arriver, elle était trempée. Elle songea à ses jeunes années, où elle courait si vite qu’elle faisait l’admiration de tous. Jamais elle n’aurait été mouillée comme maintenant. Ô vieillesse ennemie !

Dès que la pluie cessa, Monique retourna sur son banc.

Monique attendait.

Le rapide de 19:00, un bus qui s’arrêtait à moins de stations que les autres. A défaut de voir Gérard descendre, elle reconnut Marie-Thérèse, une voisine. Elle trottinait tout le temps. Monique ne se souvenait pas de l’avoir vu marcher autrement qu’à petits pas rapides. Elle était tout le temps pressée, empêtrée dans ses sacs, et l’air toujours triste. Elle s‘arrêta quelques secondes auprès de Monique, le temps de se lamenter sur leurs vies respectives, et de conclure toujours de la même manière :

« Mais qu’est-ce qu’on peut y faire, hein ? C’est la vie ! On peut rien y faire !»

Déjà, elle repartait en trottinant vers son domicile, continuant de parler seule. Monique la suivi du regard jusqu’à ce que Marie-Thérèse soit hors de vue.

Monique attendait encore.

L’autocar de 20:05. Ah ! Celui-ci, elle l’aimait pour deux raisons.

Déjà pour ce petit jeune homme inconnu, qui lui disait toujours « bonsoir ! Bonsoir ! » deux fois, systématiquement. Elle se souvenait encore de cette fois ou il l’avait attrapée dans ses bras, l’avait serrée contre lui, tout en effectuant quelques pas de valse et lui avait dit « Ma petite chérie m’a dit oui ! On va se marier ! Je suis le plus heureux des hommes ». C’était son chouchou !

Derrière lui, le couple qui l’amusait. Des septuagénaires.

Ce qui amusait Monique, était de constater qu’à la descente de l’autobus, si la femme souriait, l’homme faisait la gueule, ou inversement. Jamais elle ne les avait vu sourire au même moment. Elle, une petite blonde (une perruque souvent mise de travers) excitée qui traversait à grands pas le parking vers leur voiture, tout en gesticulant sans arrêt, et rouspétant. Lui, grand et gros, la suivait à pas lents, las, comme s’il portait tous le poids du monde sur le dos, et n’arrêtant pas de râler également. Elle arrivait toujours bien avant lui au niveau du véhicule, et, automatiquement, râlait parce qu’il n’avait pas encore déverrouillé les portes au moyen de la télécommande, et lui, ne le faisait, automatiquement, qu’une fois arrivé à hauteur. S’en suivait un jeu d’ouvertures et de fermetures de toutes les portes du break, par la femme, plusieurs fois de suite, pendant que lui s’installait au volant, et commençait à démarrer avant que sa femme ne soit montée. Monique la voyait alors monter rapidement gesticuler et crier à l’intérieur, tandis que lui s’engageait sur la Route Nationale sans respecter le stop. Plus d’une fois, Monique avait fermé les yeux, attendant l’accident.

Mais que ce passait-il donc dans l’autocar pour qu’ils soient presque tous tellement hargneux ?

Monique attendait toujours

Pendant l’heure qui suivait, elle n’était pas tranquille. L’heure où les riverains allaient promener leurs chiens. Si beaucoup étaient inoffensifs, d’autres l’étaient moins, prêts à sauter sur tout ce qui bouge. Monique craignait en particulier un doberman, même retenu en laisse, et avec une muselière, elle se demandait ce qui arriverait s’il arrivait à bondir vers elle. Il en ferait de la chair à pâté ! C’était certain. Mais comment son maître pouvait-il donc persister à sortir avec un chien aussi dangereux ? Par deux fois déjà, il avait sauté sur des enfants passant trop prêt de lui. Monique en avait des sueurs froides rien que d’y repenser. Oh, il n’y avait eu rien de grave. Et le propriétaire était tellement riche qu’il payait grassement les parents des petites victimes pour qu’ils ne portent pas plainte.

Arrivait ensuite l’autocar de 21:19

Celui de la Grosse Dame Riant.

Monique se disait tous les jours qu’elle était encore plus grosse que la veille. Pas étonnant, elle mangeait tout le temps.

« Je t’en donnerais bien un bout, Monique, mais j’ai trop faim !» et elle partait en riant. Un rire jeune et cristallin, qui embaumait le coeur de monique. Elle l’aimait bien, cette brave dame, bien qu’elle ne la connaisse pas vraiment. Cette boutade, bien que répétitive, usuelle, rituelle était la seule chose qu’elle lui disait.

Monique se félicitait de n’avoir jamais eu à manger un bout. Hot dog dégoulinant de moutarde, ou grosses parts de Forêt Noire, non, cela ne lui donnait pas l’eau à la bouche ! Cependant, Monique se demandait si on ne devrait pas donner ce qui semblait être la recette de la bonne humeur aux deux femmes maigrichonnes et acariâtres ? La mère d’Ariane (et à cette dernière par la même occasion) et à l’excitée à la perruque de travers. Ne pourrait-on pas les attraper et les gaver de force comme ces oies qu’elle avait vues à la télévision ?

L’autocar de 22:13 s’arrêta dans un crissement de freins qui firent mal aux oreilles de Monique, mais elle ne s’en aperçu pas vraiment.

Son coeur battit la chamade, sa respiration s’accéléra ! Gérard ! Enfin ! Oubliant ses rhumatismes, elle se précipita vers les portes de l’autobus, mais sa joie fut de coutre durée. L’homme qui en descendit n’était pas Gérard. Un inconnu qui avait la même carrure. Un goujat qui la bouscula au passage sans même s’inquiéter s’il lui avait fait mal.

Tristement, à pas lents, Monique retourna vers son banc.

Quelques temps plus tard, elle vit l’homme en beige.

« Tiens ? Le revoici, celui-là ? »

L’homme était toujours vêtu d’une grande popeline beige, qu’il ouvrait largement devant en se tournant vers la Route Nationale. Parfois, lorsqu’il n’y avait pas de circulation, il se retournait vers elle dans la même attitude.

« S’il se croit beau ! » pensa encore une fois Monique. Elle tourna la tête, se concentrant sur la circulation, ne faisant plus cas de l’homme à l’imperméable. D’ailleurs, il ne resta pas, en apercevant au loin un gyrophare bleu.

« Bon vent ! » pensa Monique.

Monique attendait. Cela faisait 6 heures qu’elle était là.

L’autocar de 23:00 passa sans s’arrêter.

Le dernier bus. Une fois encore, Gérard ne rentrerait pas.

Le coeur lourd, Monique retourna vers la maison. Elle était si triste, qu’elle mit plus de temps qu’à l’aller.

Elle passa par la porte de derrière, toujours entrouverte. Un bol de lait chaud l’attendait.  Ah, Jeannine ! la maîtresse de maison, était toujours aussi prévenante avec elle. Tous les soirs, elle lui préparait son lait, froid en été, chaud en hiver ou lorsqu’il faisait mauvais temps. Que du lait, rien d’autre. Monique n’avait plus l’appétit d’autrefois. Boire ce breuvage, et ensuite, aller sur le fauteuil dans le salon, où elle s’endormait devant la télévision.

Elle entendait Jeannine parler avec des inconnus dans le salon. Elle hésita un moment sur le pas de la porte. Elle hésitait toujours à entrer, lorsqu’il y avait du monde. Puis elle se décida, et à pas lents, elle gagna son fauteuil habituel.

Jeannine s’adressa à elle :

« Ah Monique, te voila enfin ! Ma pauvre, tu es une fois encore aller l’attendre pour rien ! Quand donc comprendras-tu qu’il ne reviendra pas ? »

Puis se tournant vers ses invités :

« Cette brave Monique, 10 ans que Gérard est décédé, et tous les soirs, elle continue d’aller fidèlement l’attendre à l’arrêt des bus ! N’est-ce pas, ma brave Monique ? »

Elle lui caressa la tête, et Monique, reconnaissante, ronronna.

Oui, Monique était une chatte...

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08 décembre 2009

Le petit frère (Drame)

Il faisait si sombre que l’on se serait cru au crépuscule, alors que les cloches de la petite église venaient seulement de sonner la demi de quatorze heures. Une pluie torrentielle, autant qu’inattendue, s’abattait sur la petite assemblée, mais nul ne semblait y prêter vraiment attention, comme si personne ne voulait troubler la gravité du moment. Imperturbable, le prêtre continuait de prier au dessus de la tombe béante.

En son fond, un petit cercueil blanc.

Les malheureux parents se tenaient de chaque côté de la petite sépulture, un mur invisible les séparant, le mur de la haine. Unis par le même chagrin, mais à présent désunis dans la vie. Depuis des années, leur couple n’était qu’illusions. Sans leur fils aîné de 6 ans, Constantin, ils se seraient séparés depuis longtemps. Au contraire, pour tenter de sauver les apparences, espérant retrouver la complicité qui avait entouré la naissance de Constantin, ils avaient conçu Guillaume, qui avait fêté ses trois ans, quinze jours auparavant... Mais le miracle attendu n’avait pas eu lieu. Le couple était de plus en plus déchiré.

Plutôt que d’affronter la réalité, ils se servaient des enfants comme d’alibis pour fuir des heures durant le conjoint. On les emmenait à toutes sortes d’activités, sans même s’inquiéter de savoir si elles plaisaient ou non aux garçons. Cette solution n’avait pas véritablement arrangé les choses, car, s’ils n’avaient plus à se supporter l’un l’autre, ils continuaient à se quereller pour savoir lequel des deux s’occuperait des enfants.

La pluie continuait de tomber si drue qu’elle obligeait l’assemblée à regarder le sol. Ils échappaient ainsi au spectacle des éclairs de haine dans chaque regard échangé entre le couple.

S’accablant l’un et l’autre de la disparition de Guillaume.

C’était le samedi précédent. Alors qu’il était convenu qu’elle s’occuperait des garçons le samedi et que le dimanche ce serait au tour de son mari, Nathalie changea d’avis à la dernière minute. C’est de manière fort courtoise, mais d’un ton n’admettant pas la moindre objection, qu’elle ordonna à François de s’occuper de leurs enfants pendant toute l’après-midi.

Las des querelles sans fin, François n’avait pas eu la force morale de lui tenir tête, et avait capitulé. Le temps était agréable, et il irait à la pêche, comme ils l’avaient prévu, auparavant, pour le dimanche. Ce n’était pas la première fois qu’il emmenait Constantin et Guillaume avec lui. Parfois ceux-ci pêchaient aussi un peu avec lui, mais le plus souvent, ils jouaient seuls dans le petit bois entourant l’étang.

Juste après le déjeuner, ils étaient donc partis, tous les trois, entre hommes, vers ce havre de paix qu’ils aimaient tant, mais où l’un d’eux avait rendez-vous avec la mort.
La pluie redoublait encore. François se surprit à imaginer un scenario tragique, la terre gorgée d’eau s’affaissant et entraînant Nathalie dans la tombe avec elle, l’ensevelissant à tout jamais. Sans sa défection à la dernière minute, leur fils serait toujours là.

Il avait encore leurs cris et leurs rires dans la tête. C’était véritablement une belle journée. Non seulement pour le climat, mais aussi parce que, pour une fois, les garçons ne se disputaient pas. C’était si rare !  Ils jouaient à cache-cache. Cela leur prenait toujours des heures, tant il y avait de possibles cachettes. François les entendait rire, pousser des cris. Ils étaient assez éloignés, c’était le bon moment pour sortir son portable et bavarder loin des oreilles indiscrètes :

« Allo ? Juliette, ma chérie… »

La pluie continuait de s’abattre en rafale... Le vent s’était levé. Nathalie avait toutes les peines du monde à ne pas hurler que l’on fasse François quitter le cimetière. Lui, l‘assassin de leur fils. Sa place était derrières les barreaux. Arriverait-elle à se contrôler ? Ou suivrait-elle son instinct qui lui ordonnait de prendre la lourde pelle, oubliée par une des fossoyeurs en bout d’allée, pour l’assener de toutes ses forces sur la nuque de cet homme qu’elle haïssait ? Ce n’est pourtant pas bien sorcier que de surveiller deux enfants !

Quelle n’avait pas été sa surprise, le samedi, de constater que François avait tenté de l’appeler des dizaines de fois, lui avait envoyé presque autant de textos. Elle avait coupé la sonnerie ainsi que la fonction de vibrations pour ne pas être dérangée. Elle ne s’en était pas inquiétée. Elle pensait que François voulait se venger d’une manière ou d’une autre, son changement de programme de dernière minute. C’est très distraitement qu’elle prit connaissance d’un premier message. Elle était encore lascivement étendue sur le lit, admirant par la porte restée ouverte, le corps de l’homme prenant sa douche. Le texto restait gravé en lettres de feu au fond de sa mémoire :

« Guillaume a disparu ! »

La suite restait confuse. Elle se souvenait avoir hurlé, être sortie de la chambre, courant à moitié nue dans le couloir de l’hôtel, tout en s’habillant.

La pluie continuait de tomber, comme si elle voulait purifier les esprits.

Familles, amis ou collègues s’étaient placés derrière Nathalie ou François, selon leurs prises de positions… Deux clans hostiles, qui, malgré la gravité du moment, étaient prêts à en venir aux mains. Entre eux, quelques voisins ignorant encore les tensions, ou n’ayant pas pris parti.

François rejetait toute la faute sur sa compagne. Si elle n’avait pas fait faux bond à la dernière minute, Guillaume serait encore en vie. Oui, culpabiliser Nathalie, pour ne pas avoir à assumer sa propre incompétence, mais aussi pour venger son honneur bafoué. Apprendre le jour de la mort de leur fils qu’elle le trompait depuis des années avec celui qu’il considérait comme son meilleur ami, Mansour. Le venin de la jalousie, ou plutôt celle de l’humiliation, s’insinuait de plus en plus profondément en lui. Il venait à douter de sa paternité concernant Guillaume, même si l’enfant lui ressemblait tant. Le brasier de la haine, utilisant tous les soupçons possibles et imaginaires pour grandir. Empli de mauvaise foi, il arrivait même à se persuader que c’est la liaison extraconjugale de son épouse qui l’avait poussé dans les bras de Juliette.

La pluie tombait si fort qu’elle couvrait la voix du prêtre. Mais c’était sans importance pour François qui revivait les dernières heures avant le drame :

« Papa ! Papa ! Papa ! On jouait à cache-cache, et Guillaume a disparu »

François avait manifesté de la mauvaise humeur d’être dérangé. Il avait tout d’abord répondu :

« Eh bien, cherche ton frère ! Tu es vraiment nul si tu n’es pas capable de le trouver ! Tu es grand, donc plus intelligent que lui, non ? Fous moi la paix » et il avait repris sa conversation avec Juliette.

Constantin était reparti en courant, tout en criant le prénom de son frère.

François parla encore ainsi une bonne heure avec Juliette avant de raccrocher. Constantin hurlait encore le prénom de Guillaume. Cris qui l’agacèrent rapidement.

« Constantin, Guillaume, arrêtez de crier ! Et revenez ! »

Seul Constantin revint, ce qui énerva prodigieusement son père.

« On ne peut vraiment pas te faire confiance ! Tu ne pouvais pas le surveiller ! Non, bien sûr ! C’est trop te demander ! Quel égoïste tu fais ! Guillaume, maintenant, ça suffit ! Ramène tes fesses ici, et que ça saute ! »

Seul le murmure du vent lui répondit. A grands pas rageurs, François partit vers la forêt, non sans hurler encore une fois :

« Guillaume, si tu ne te montres pas immédiatement ta verras de quel bois je me chauffe ! »

Il lui fallut encore une heure de vaines recherches avant de se rendre à l’évidence : son fils avait bel et bien disparu. Alors, il appela d’abord la police, ensuite Nathalie.

Ce n’est que le lundi que les plongeurs retrouvèrent le petit corps au fond de l’étang.

La pluie ruisselait sur les visages tristes, se mêlant à leurs larmes.

Devant le prêtre, Constantin se tenait tête basse, face à la tombe béante. L’assistance le prenait en pitié, le croyant écrasé de chagrin. En réalité, Constantin était heureux de cette pluie bienvenue, dégoulinant sur son visage sans larmes.

Oui, tête basse, Constantin camouflait ainsi un sourire resplendissant. Il était à nouveau fils unique. Débarrassé de ce frère maudit.

A la naissance de Guillaume, il était pourtant tellement heureux d’avoir enfin un petit frère avec qui il pourrait jouer. Certes, il avait été déçu en constatant que le nouveau né était tellement petit.

Petit à petit, il avait commencé à détester Guillaume. Ce dernier ayant pris sa place d’enfant-roi. Ses parents le délaissaient pour ne s’occuper que du nourrisson. A lui, Constantin, les corvées, sous le prétexte injuste qu’il était le plus grand. En grandissant, Guillaume commença à multiplier les bêtises mais c’est Constantin que l’on accusait automatiquement. Et ce fourbe de petit frère se mettait à pleurnicher pour un rien, dès la moindre contrariété, et, automatiquement, les parents suspectaient Constantin de maltraiter son frère. On lui ordonnait de faire tout ce que voulait Guillaume. Lui, Constantin, n’avait plus aucun droit.

La pluie martelait le sol, comme si elle cherchait à attirer l’attention de l’assistance.

Tête basse, le visage caché par une capuche trop grande, Constantin souriait. Il revivait le drame. Il revivait l’instant où lui, Constantin, il avait vu Guillaume courir vers les cygnes au bord de l‘étang, se pencher pour essayer de les caresser. Cela avait été si facile de le pousser…  papa ne se préoccupant pas d’eux, comme toujours.  Au départ, il avait poussé Guillaume pour bien « rigoler » de le voir mouillé. Et puis, papa le gronderait peut-être ? Il s’énervait toujours quand on était mouillé, parce qu’on allait salir sa belle voiture.

Guillaume avait basculé, tête en avant, dans les eaux grises de l’étang. Il y avait eu quelques bulles remontant à la surface, qui l’avaient bien fait rire. Puis, plus rien.

Constantin, sans prendre conscience de la gravité, savait qu’il venait de faire une grosse bêtise. Alors, pour ne pas être grondé, pour ne pas avoir, une fois encore la fessée à cause de ce maudit petit frère, il avait eu l’idée de faire croire qu’ils jouaient à cache-cache.  Il suffisait de crier, comme d’habitude, des « hou ! », des « houhou ! » ou encore des « Guillaume, je suis là ! Tu ne me trouveras pas ! »

Caché derrière un buisson, il criait, tout en observant son père. Celui-ci, adossé à un arbre, était au téléphone. Celui-ci ne se préoccupait de rien. Il ne voyait même pas les bouchons de ses lignes bouger, qu’il avait des prises. Non, papa parlait et riait dans son portable. C’était si rare de voir papa rire.

Après une longue attente, peuplée de ses faux cris de jeu, Constantin s’était alors précipité vars son père.

« Papa ! Papa ! Papa ! On jouait à cache-cache, et Guillaume a disparu »

Il avait désigné la direction opposée de celle où ils étaient.

La pluie cessa tout aussi brutalement qu’elle avait commencée. Et le soleil darda un de ses rayons, entre deux nuages, éclairant uniquement la petite tombe.

Là-haut, au dessus de l‘assemblée, un ange, nouvellement arrivé, observait la scène et souriait. Lui connaissait déjà l’avenir de son grand frère, Constantin, qui ignorait encore que, juste à côté de lui, un autre petit frère grossissait dans le ventre de sa mère. Il ignorerait que la disparition tragique de Guillaume rendrait ses parents encore plus super protecteurs du futur bébé, et encore plus injustes envers Constantin.

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13 juillet 2008

Blanche Neige, 10 ans plus tard...

Il y a déjà fort longtemps, Marmotte avait mené son enquête sur la vie de La Belle au Bois Dormant. Je vous conseille de faire un saut sur son joueb pour avoir les éléments manquants dans la présente note.

Donc, dans son joueb nous découvrions une Belle au Bois Dormant, 10 ans après son mariage. Comment en était-elle arrivée là ? Marmotte avait oublié de parler d’une partie de sa vie !

Son époux, Prince, n’était qu’un prince consort,

car c’est son aîné qui avait hérité de la couronne. Vous savez, celui qui a épousé Cendrillon !

Prince, arriviste, avait jeté son dévolu sur Belle afin d’être quand même une tête couronnée.

Il ne le fut pas longtemps, car la Révolution des Cactus frappa le pays ! “ Tout au peuple ” hurlait le révolutionnaire en chef en oubliant de préciser que son patronyme était “ Peuple ” ! La révolution ne fut en fait qu’un transfert de fortune d’une personne vers une autre, et le petit peuple resta toujours aussi pauvre

Le Prince fut quitté à son tour par la Fée Clochette, non parce qu’il qu’il était marié, mais parce qu’elle ne serait jamais reine.

Comme il était bel homme, quadra, il continuait de plaire, y compris aux toutes jeunes filles.

Ce que beaucoup ignorent, c’est que c’est lui aussi qui réveilla de son sommeil… Blanche Neige ! (eh oui : même tactique payante !)

Alors, qu’en est-il de leur union 10 ans après ?

Blanche et prince étaient rentré au palais, en compagnie des 7 nains.

Peu de temps après son retour, séquelles de sa captivité, du coma ou du poison, toujours est-il que Blanche Neige changea de comportement du tout au tout ! Toujours d’une gentillesse irréprochable, elle était cependant devenue totalement frivole et totalement phobique aux pommiers que l’on coupa dans tout le royaume, et… jalouse de sa beauté

Blanche Neige, peut-être influencée par le destin tragique de la Belle Au Bois Dormant refusa d’être enceinte ! Hors de question d’avoir son somptueux corps déformé par la moindre grossesse ! Et les techniques de procréation modernes ? Alors ?

On chercha à travers tout le royaume quelques jeunes femmes de bonne constitution, et aux mœurs irréprochables (Après tout, on ignore encore l’influence que pourrait avoir la mère porteuse sur le fœtus !), que l’on insémina

Blanche Neige était devenue une femme qui aimait l’ordre ! 10 royaux fœtus furent fécondés in vitro et implantés le même jour. De même que les naissances furent provoquées à une date convenue avec les astrologues.

Mais seuls 7 fœtus arrivèrent à terme. Comme sa Royale Majesté était très occupée, on confia les petits princes et princesses aux 7 nains.

Blanche Neige avec son emploi du temps très chargé auprès des esthéticiennes, coiffeuses, etc., ne pouvait accorder plus de 3 minutes de son temps mensuel à chacun de ses enfants. Et ce, bien entendu, lorsqu’elle n’était pas en visite royale, ce qui se résumait à un peu plus de 300 jours par an (les visites royales)

Prince était ravi de cette situation il avait une couronne et il n’y avait pas la moindre rumeur de révolution. Mais leur bonheur fur rattrapé par la presse à scandale

« Le docteur qui avait bu a lâché les royales éprouvettes ! Alors le Prince charmant c’est dévoué pour féconder les mères porteuses de manière plus traditionnelle »

Furieuse, Blanche répudia le prince sur le champ, malgré les protestations de celui-ci ! Oui, il avait été infidèle, mais s’était fait une vasectomie pour éviter les recherches en paternité.

Il contre attaqua, et demanda des tests ADN

Nouveau scandale ! 7 pères différents, les 7 nains… !

Mais les tests révélèrent un autre secret de famille… Blanche n’était pas la fille de sa mère ! Blanche n’était pas la fille de la Reine que le peuple avait tant aimée ! Non ! Elle étai la fille cachée de son royal père, et de celle qui devait devenir officiellement sa marâtre !

Cette information eut raison de son équilibre fragile : elle devin comme sa mère, d’une jalousie maladive de sa beauté et elle se désintéressa de tout le reste.

Finalement, Blanche Neige et le Prince vivaient heureux… chacun de son côté.

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12 juillet 2008

Théatre ? non, vente !

« Vous avez gagné un service à raclette et une perceuse ! » Annonça la télé prospectrice.

Seule condition pour avoir les cadeaux, aller voir la boutique en couple, sans obligation d’achat. En couple, Cécilia ne l’était pas, elle, la célibataire endurcie. Aussi contacta-t-elle un ami - un véritable ami, pas un petit ami - pour l’accompagner et se faire passer pour son conjoint. Détestant le fromage, ce qui l’intéressait, elle, c’était la perceuse.

Elle offrirait donc le service à raclette à son ami, Lélio.

La boutique était en fait une sorte d’entrepôt grossièrement aménagée. La scène du théâtre sans les décors, juste comme accessoires quelques meubles les uns sur les autres, un peu comme après un séisme de force 12 sur l'échelle de Richter…

Théâtre… c’était bien le mot ! Seulement vous devenez acteurs vous aussi.

ACTE 1

A l’entrée, une brochette de vendeurs stéréotypés, véritables gravures de mode, se fendaient la poire en voyant les autochtones venir, car ils ne sont vraiment pas à la mode, dans c’te région ! Et tels des rapaces, ils piquaient sur les pauvres brebis (éventuels clients).

Moulins à paroles ? Non ! Mitraillettes à paroles !

« Blablablabla… nouveau sur la région…. Blablabla… voulons cibler les goûts des clients selon les régions… blablabla… Catalogues différents… blablabla… Cadeaux gratis pour vous remercier… blablabla… En contrepartie nous vous demandons de nous dire ce que vous aimez et n’aimez pas, pour faire notre catalogue en fonction (ordre des photos) blablabla… »

Une fois la leçon récitée, ils lâchaient leurs proies afin qu‘elles regardent les meubles.  Cécilia et Lélio hésitèrent. Ils avaient leurs cadeaux en main, que faire ? Partir ? Bah ! Ils allaient jouer le jeu ! Zieuter un peu ! En fait, il n’y avait pas grand chose d’exposé. Encore moins pour leur plaire (pas de choix de couleur selon les modèles) et rapport qualité prix tout bénéfice pour le magasin !

3 canapés plus loin, le rapace retombait sur ses proies !

« Blablabla… C’ki fait plaisir, c’ke vous essayez les canapés ! blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… »

Et de leur montrer la qualité des fauteuils. Le cuir ne flambe pas. Preuve à l’appuis, il alluma son briquet dessus… Mais, même pour les beaux yeux de Cécilia, il ne voulu pas faire de même avec les canapés en tissus ! Pourquoi ?
Robustesse ! Comme un sale gamin, il se mit à sauter sur son canapé avec ses chaussures ! Lélio souriait à l’idée que s’il en faisait autant chez Cécilia, quelle tarte il recevrait !

Puis, opération mise à l’aise avec la flatterie. L’aigle devient le renard de la fable.

Bon… Sauf que là il devint l‘illustration parfaite du « sois beau et tais-toi ! »

« Koik vous faites dans la vie ? …. Madame est koi ? Frite ? hein ? Frit ? Ah ? Free lance ? ? ? ? Koi kça y en a être ? …. et blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… »

ACTE 2

Entrée du Loup dans la bergerie. Le big boss. Autre gravure de mode, quoique rase-mottes. Pas de manières entre eux, il voulait les mettre à l’aise ! Il se laissa tomber sur le fauteuil, et aussi sec, remonta ses jambes de pantalon dévoilant ainsi ses mollets de coqs poilus (ben quoi ? Vous n’avez jamais vu des galinacés poilus ?) et ses genoux pointus.

Opération séduction ? Essayait-il de séduire Cécilia en montrant les mollets, telles les auto-stoppeuses dans les films ?
Deux mitraillettes. blablabla… blablabla… blablabla… blablabla… Les deux acteurs jouaient leurs rôles, mais pas à la perfection ! cela sonnait faux !

Loup : « Z’avez parlé de la loterie ? »
Rapace : « Pas encore »
Cécilia : « Pardon ? »
Loup : « Z’y en avoir loterie ! Vous pas y en avoir vu dans le courrier ? Rien écrit ? »
Cécilia : « Non… »
Loup : « Koi k’ça y en a être vot’ nom ? »
Cécilia : « Trebes »
Loup : « Trebes ? Mais c’est un nom gagnant ça ! » (Aïe ! les mauvaises notes dans son récital ! cela sonnait tellement faux !)
Cécilia incrédule : « Oui mais c’est un nom très courant dans la région ! Trebes Cécilia »

Et Loup de se précipiter dans les coulisses les laissant avec rapace et son tsunami de paroles. (Notons qu’il ne s’intéressa nullement aux commentaires tant attendus pour la publication du catalogue !)

Et loup de revenir toujours aussi théâtral.

Loup : « Cécilia Trebes : 3000 Euros ! »
Avant d’ajouter, bien entendu « en bons d’achats »
Lélio : « Pour quel minimum d’achat ? »

Tel un escrimeur, il avait fait mouche !

La mâchoire de Loup tomba ! Désarçonné par une telle demande ! On ne lui avait pas appris de parade à genre de questions, dans son cour de théâtre ! Pardon, de vente !

Loup : « euh ? ah ? euh ? Oh ? Pas de minimum ! »

Vlan ! le piège se refermait sur Loup !

ACTE 3

Mais ils allaient jouer aux chats et à la souris !

Cécilia : « Le problème est que vous n’avez pour ainsi dire que des canapés ! et j’ai acheté le mien l’an passé ! »
Loup (tellement certain de sa qualité d’acteur louant les mérites de ses breloques) : « Combien l’avez vous acheté ? Je vous le reprends pour la somme que vous l’avez acheté ! »
Lélio, ne laissant pas le temps de répondre Cécilia (qui aurait insisté sur le fait qu’elle tenait à son canapé) et se rappelant un autre canapé qui l’avait fait craquer (mais pas pu acheter à cause du prix) : « 6000 Euros ! »
Loup transpirait, bafouillait que ce n’était pas possible à ce prix…
Lélio : « Oui ! Je comprends... 3000 Euros, sans minimum d’achats… Donc je peux prendre cette table, ce fauteuil et son pouf et le paravent pour 3010 Euros ! Je ne paye donc que 10 Euros ! » (Seuls le fauteuil et son pouf lui plaisaient ! Le reste aurait fait du bois à faire brûler dans la cheminée…)
Loup : « Les fauteuils sont par deux ! »

Tiens donc ? Tous étaient exposés par paires, sauf celui qu’ils avaient désigné et qui valait le double des autres !
Cela ne marchait pas ! Escrocs !

Loup tenta une autre opération : la remise sur l’achat d’un seul fauteuil. Tout en mélangeant les Euros et les Francs pour les embrouiller !

Bof !

Il descendit encore le prix ! Plus de 60% ! Intéressant direz vous ? Oui… pour lui ! car le prix était enfin le prix REEL ! dans toute autre boutique ! (enfin, pour les plus chères d’entre elles !)

ACTE 4

Les deux acteurs reprenaient leurs jeux ! Rapace jouait le scandalisé ! « il fait ce qu’il veut, ça y en a être le boss, mais moi y en a pas d’accord ! Moi y en a pas faire vente ! »

Et Loup de revenir à la charge, ne comprenant pas pourquoi on ne sautait pas de suite sur l’occasion. Chose étrange, la réduction, valable 3 mois, ne l’était soudainement plus !

Dans une ultime parade Loup essaya : « ne le prenez pas, cela m’arrange ! »

Il devait penser piquer au vif ses proies, briser ainsi leurs dernières résistances, en leur faisant croire qu’ils  allaient le berner…

Bon ? Cela ne l’arrangeient pas ? Très bien ! Bye bye ! Cécilia et Lélio  repartirent avec leurs cadeaux

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10 juillet 2008

Cavalcade et farniente

Pour être certains d’être réveillés au chant du coq, ils vous en offrent un. Et pour être certains qu’il n’ait pas une panne d’oreiller (oui, le coq !) ils vont lui arracher les plumes, tant et si bien qu’à la fin du week-end vous avez le seul coq de la région qui soit chauve du croupion.

Et pendant que vous êtes en train d’émerger de votre sommeil, et de constater que votre réveil ne s’est pas arrêté et qu’il est effectivement 3 heures du matin, eux sont déjà sous la douche. Ils y vont par paire : un parent avec un gosse qui se tient à croupis entre ses jambes. Rien de vicieux ! Non ! On gagne du temps ! (Té ! Il faut tout vous expliquer !)

Alors que vous êtes en train d’essayer de vous lever, lourd de sommeil comme si vous pesiez 10 tonnes, eux sont déjà dans la cuisine : Café, croissants, charcuterie, confiture, céréales et jus de fruit, le tout mixé tout ensemble, sont ingurgités avec un entonnoir dont l’extrémité atteint l’œsophage, pour aller plus vite…

Et lorsque vous atteignez la porte de votre chambre, distante de 50 cm du bord de votre lit, vous entendez de grands coups de klaxons rageurs : ils s’impatientent dans la voiture.

Entre le chant du coq et celui de la voiture, 1 minute 30 secondes 10 centièmes se sont écoulés.

Et vous passez le reste de la journée à courir à la découverte de votre région. Tout y passe, tous les monuments, musées, curiosités et même là où il n’y a rien à voir. Vous vous êtes arrêté de compter les marches ainsi gravies, car après les 10 millions, vous n’aviez plus assez de doigts… Et vous allez devoir contacter votre assureur : vous avez fait plus de kilomètres en un jour que ce que vous " autorise " votre contrat annuellement…

Enfin ! vous retrouvez votre lit… Il est 2h45 du matin… Dans 15 minutes, devinez quoi ?

Jusque là, rien à dire ! Mais lorsque vous leur rendez visite, avides de connaître leur région beaucoup plus touristique que la vôtre …

Ils restent là, affalés sur les fauteuils, tels des phoques sur la banquise. Avec un peu de chance, vous pourrez sortir… à 17h30 ! Retour impératif pour 18 heures ! Il faut que Madame prépare le souper pour 21 heure : poulet fumé froid acheté tout cuit, taboulé décongelé, une salade achetée lavée et effeuillée, sauce en bouteille, un plateau de charcuterie acheté tout préparé, fromage, dessert décongelé et café soluble. C’est du boulot tout cela ! Beaucoup plus long et compliqué que les spécialités locales qu’ils vous auront demandé de leur préparer !

Alors, la promenade, le tour le plus petit possible du quartier ! De la région, vous ne connaîtrez jamais rien d’autre ! Pas question d’y aller seul non plus : vous êtes quand même là pour les voir, eux ! Ne songez pas vous échapper ne serait-ce que 15 minutes : on a fait des révolutions et de guerres pour bien moins !

Rendez-vous à l’évidence : jamais vous ne connaîtrez la forteresse à moins d’un kilomètre de chez eux, celle que des milliers de touristes, venus de 6 continents, visitent chaque année !

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09 juillet 2008

L’amant Florentin

            Françoise n’arrivait toujours pas à croire qu’elle se trouvait à Florence, la perle de la Toscane. Elle était arrivée en début d’après-midi, avec plus de cinq heures de retard. Son train s’était immobilisé plusieurs fois en rase campagne. Comme elle ne parlait pas un mot d’Italien, elle en ignorait la cause. Pannes ou grèves ? Elle tablait plus sur les grèves. Mais, l’essentiel pour Françoise était d’être arrivée à bon port.

            Munie d’un plan, elle s’était immédiatement rendue dans la petite pension, proche de l’église Santa Maria Novella, où elle avait réservé une chambre, via Internet. Après une rapide douche, elle était ressortie, et avait arpenté les rues sans but précis. Elle ne commencerait vraiment la visite de la ville que le lendemain.

            Depuis une dizaine de minutes, elle était assise sur le parapet surplombant l’Arno, Lungarno Acciaioli, son regard suivant les méandres du fleuve, et s’attardant sur la silhouette du Ponte Vecchio.

            Depuis qu’elle avait suivi des cours d’histoire de l’Art au collège, Françoise rêvait de venir visiter cette ville qu’elle considérait comme la capitale des Arts. Avec des copines de classe, elles avaient programmé un voyage en Italie pendant les grandes vacances, juste après avoir passé les épreuves de Français au BAC. Elles voulaient visiter Milan, Florence, Rome et Palerme. Mais seules ses amies y allèrent.

            Françoise était alors enceinte de huit mois. Un accident ! Un stupide accident. Comme Françoise était pudique, elle ne voulait pas de lumière lors de ses étreintes avec Philippe. Elle l’avait cru, lorsqu’il lui avait affirmé avoir mis un préservatif. Mais ce n’était pas le cas. Pour couronner le tout, elle avait continué d’avoir des règles et ce n’est qu’au sixième mois qu’elle s’était rendu compte de sa grossesse.  Par chance, Philippe avait assumé.

            Alors que ses amies étaient sur les pentes de l’Etna, elle, enceinte jusqu’aux yeux, se mariait avec Philippe. Une petite cérémonie des plus simples. Les parents du jeune couple ayant mal accepté la situation.

            En août elle avait donné la vie à un garçon, Anthony. Pas question pour elle de retourner au collège. Philippe continuant ses études de médecine, elle avait du trouver un travail comme hôtesse de caisse dans un hypermarché. 

            Philippe échoua sa quatrième année, et se reconvertit en tant qu’infirmier. Il tint son épouse pour responsable de son échec, ne voulant pas assumer son incompétence.  A ses yeux, elle était responsable, car il ne pouvait pas étudier comme il l’aurait voulu dans leur petit appartement, parce qu’elle ne pouvait pas tout assumer, parce que l’enfant pleurait les nuits. Tout était bon à ses yeux pour en faire incomber la responsabilité.

            Dès lors, leur couple fut bancal. Ils restaient ensemble pour Anthony. Ils se voyaient peu, car Philippe assurait la garde de nuit. C’est probablement cela qui fit que leur union perdura. Lorsque Anthony eut dix ans, le couple songea divorcer, mais Françoise était à nouveau enceinte. Ils se résignèrent, et restèrent ensemble, dans les mêmes conditions. De cette union naquit Jessica

            Leur situation financière s’était considérablement arrangée, mais Philippe avait toujours refusé d’aller passer leurs vacances en Italie. Il détestait les peuples du sud, qu’il considérait comme sales, bruyants, incultes, voir non civilisés. Il imposait donc des vacances, toujours dans des pays plus au nord.

            Un an plus tôt, sans que rien ne l’y prépare, Philippe avait quitté le domicile conjugal, emportant toutes ses affaires. Lorsque Françoise était rentrée de son travail, elle avait trouvé les placards vides, et un mot sur la table de la salle à manger. « La vie ici m’est insupportable. Je pars ! ».  Rien de plus.

            Ce fut un choc pour Françoise, car  il lui semblait que leur couple allait mieux. Dans les semaines qui suivirent, elle s’était cependant rendu compte que tout leur entourage semblait au courant qu’il entretenait depuis plusieurs années une liaison avec une infirmière beaucoup plus jeune, et qui venait de lui donner un autre fils. Jessica, en pleine crise d’adolescence, du haut de ses quinze ans, accusa sa mère de tous les maux, et demanda à aller vivre auprès de son père. Anthony, alors âgé de vingt-cinq ans avait quitté le domicile familial et partageait sa vie avec son amie depuis deux ans déjà.

            Se retrouver brutalement seule à quarante-deux ans avait été assez pénible pour Françoise. En fait, jusque là, elle n’avait jamais été seule. Elle avait vécu avec ses parents jusqu’à l’âge de dix-sept ans, puis avec son mari. Il lui fallut quelques mois pour s’y adapter.

            Jessica lui ayant fait savoir qu’elle irait au Royaume-Uni, comme jeune fille au pair pour parfaire son Anglais pendant toutes les vacances d’été, Françoise avait fait contre mauvaise fortune bon cœur. Puisqu’il en était ainsi, elle ne voyait pas pourquoi elle ne se ferait pas plaisir. Elle avait posé ses vacances pour le mois de juin, et allait pouvoir enfin réaliser son rêve de toujours. Elle n’en avait parlé à personne, sauf à Yvette, une de ses collègues, qu’elle savait être récemment allée dans la ville de Médicis.

            Yvette lui avait été d’un grand secours moral après sa séparation. Etrange amitié que la leur, que tout opposait. Femme libérée, Yvette était une célibataire endurcie, collectionnant les aventures. Elle avait tenté d’entraîner Françoise dans les discothèques et autres boîtes de nuit avec elle, sans succès. Françoise ne pensait pas pouvoir séduire, et d’ailleurs, cela ne l’intéressait pas. Philippe ne lui avait-il pas lancé quelques jours avant leur séparation, qu’elle était nulle au pieu ? Et il avait raison. Elle ne s’était jamais investie réellement dans leurs relations intimes,  car elle se sentait indifférente à la chose. Elle se bornait à faire son devoir conjugal. Attitude qui laissait Yvette abasourdie. Combien de fois lui avait-elle répété de se décoincer et de profiter de la vie ?

            Françoise soupira avant de s’ébrouer. Il fallait qu’elle chasse ses idées noires, pour pouvoir profiter pleinement de son séjour. Elle entra dans une trattoria et goûta à la cuisine locale. Il était à peine vingt et une heures lorsqu’elle rentra à la pension et alla directement se coucher.

            Couchée tôt, levée tôt, telle était sa devise lorsqu’elle voyageait. Sitôt son petit déjeuné avalé, elle s’était lancée à la découverte de la vieille ville. Elle avait passé presque toute la matinée dans la cathédrale Santa Maria DEL Fiore, plus connu sous il Duomo, et son campanile. Elle l’avait mitraillé avec son appareil digital, spécialement acheté pour l’occasion. Elle sourit en pensant à la réaction de Philippe, s’il l’avait vue ! Lui qui traversait tous les endroits touristiques à grandes enjambées, sans marquer le moindre intérêt pour quoi que ce soit.

            Après le déjeuner, alors qu’elle photographiait le Palazzo Vecchio elle entendit quelqu’un lui parler en Italien. Elle se retourna et vit un homme qu’elle jugea de fort belle allure et distingué. Elle répondit maladroitement avec la phrase qu’un ami lui avait enseignée avant son départ :

            - Scusi, non parlo Italiano.

            - Française, n’est-ce pas ?

            - Oh ! Vous parlez Français ? Oui, je suis française, comment avez-vous deviné ?

            - Votre accent. Je parle un peu votre langue. Je vous signalais la silhouette humaine taillée sur le mur de droite.

            - Où ? Ah oui, je la vois !

            - Selon la légende, c’est Michelangelo qui l’a ciselée à l’aveuglette, les mains liées dans le dos.

            - Etonnant !

            - D’où venez-vous ?

            - De Laon.

            - Laon ! Une bien belle ville, avec une extraordinaire Cathédrale du XIIe siècle, si mes souvenirs sont bons.

            - C’est cela ! Vous connaissez Laon ?

            - Uniquement par les livres.

            Ils continuèrent de converser ainsi. Françoise apprit qu’il se nommait Antonio, était âgé de trente-huit ans, et que les Arts étaient sa passion, qu’il enseignait à l’université. Il lui servit de guide, lui montrant quantité de détails qu’elle n’aurait pas vu si elle avait été seule.

            Le soir venu, ils se séparèrent, non sans s’être donné rendez-vous pour le lendemain après-midi, et cela se reproduisit les jours suivants. Antonio se montrait un guide parfait, d’une connaissance             qui semblait inépuisable sur les Arts et l’histoire. Il lui montrait quantité de détails devant lesquels elle serait passée sans les voir.

            Françoise eut une pensée pour son amie Yvette. Elle serait estomaquée de savoir qu’elle venait de passer des heures à bavarder avec un aussi bel homme, sans qu’il n’y ait rien eu d’autre, pas même une allusion discrète Pour Françoise, rien d’étonnant : comment un aussi bel homme pourrait s’intéresser à une femme aussi insignifiante qu’elle, pour la bagatelle ?

            Le jeudi, Antonio lui proposa de faire une petite excursion en voiture au travers de la Toscane, en partant le vendredi après-midi pour ne revenir que le dimanche soir. Françoise n’hésita pas une seconde, se surprenant elle-même de sa témérité. Elle en apprécia chaque moment,  fut rassurée en constatant qu’il leur avait réservé deux chambres à chaque fois.

            Le samedi, après le dîner, ils s’en furent se promener dans les rues sinueuses et pittoresques de Sienne. C’est devant la maison natale de Sainte Catherine, la patronne de la ville, qu’Antonio déposa un baiser sur les lèvres de sa compagne.  Françoise se surprit à le lui rendre.

            Le lendemain matin, il lui fallut un moment pour réaliser d’où provenait le souffle chaud sur sa nuque, et à qui appartenait le bras posé sur elle. Elle était incrédule devant cette réalité. D’une part qu’un homme comme lui ait pu s’intéresser à elle, et d’autre part, qu’elle-même ait pu le laisser aller aussi loin. Elle accusa, en toute bonne foi, le Chianti d’en être le responsable. Ils avaient dû trop en boire. Elle commença à redouter la réaction d’Antonio lorsque celui-ci se réveillerait aux côtés d’une femme aussi insignifiante qu’elle. Elle voulut se lever doucement, pour s’habiller avant qu’il ne se réveille. Lui épargner une horreur au réveil. Mais il ouvrit les yeux lorsqu’elle bougea, lui sourit avant de la resserrer plus étroitement contre lui.

            - T’en vas pas aussi vite, ma belle !

            C’est en amoureux, qu’ils continuèrent leur virée. Ils rentrèrent à Florence. Arrivés à la pension, elle demanda d’avoir une camera doppia, pour que son compagnon puisse rester auprès d’elle. Mais le soir, vers minuit, après l’amour, il la quitta. Il voulait, disait-il, rentrer chez lui, préparer ses cours, et ne pas la réveiller lorsqu’il se lèverait de très bonne heure. Un peu dépite, elle le laissa partir.

            Toute la semaine, il en fut ainsi. Ils se retrouvaient pour le déjeuner, après les cours d’Antonio, et se quittaient vers minuit.

            Françoise se sentait un peu perdue. Elle était attirée par cet homme, surtout sur le plan cérébral. Elle était incapable cependant de dire si elle en était amoureuse. Sur le plan physique, elle devait reconnaître que rien n’avait changé. Elle était toujours aussi peu portée sur la chose, se donnant uniquement pour lui faire plaisir à lui, mais aussi par une sorte d’esprit de revanche sur les infidélités de son ancien mari. Elle ne savait pas encore comment, mais elle lui ferait savoir qu’elle avait eu une aventure en Italie, avec un homme autrement plus beau que lui.

            Le week-end suivant, Antonio lui réserva une autre surprise : il l’emmena à Venise, sa ville natale. C’est de là qu’elle envoya beaucoup de cartes postales à ses proches et ses amis, en faisant également signer Antonio. Ils auraient un choc, feraient quantité de suppositions… Elle n’oublia pas d’en envoyer une à Philippe.

            Ils rentrèrent à Florence le dimanche soir. Françoise avait annulé sa réservation à Rome pour la semaine suivante. Elle voulait rester auprès de son amant.

            Le lundi matin, après une nuit blanche, elle se décida brusquement à partir très tôt pour Fiesole. Elle se rendit sur la Piazza San Marco pour prendre le bus en direction de cette petite ville. Elle voulait photographier depuis le jour se levant sur Florence.

            Elle sourit en entendant les sifflements admiratifs des éboueurs à son intention. Dire que quelques jours auparavant, elle n’aurait pas pensé qu’ils lui étaient destinés. Elle se tourna vers le camion, en leur faisant un signe de la main. Mais elle arrêta son geste, et resta la main en l’air.

            Parmi les éboueurs, elle venait de reconnaître Antonio ! Lui aussi l’avait vue. Il avait changé de couleur, mais n’avait fait aucun geste. Françoise était restée là, sans bouger, un long moment après que le camion ait disparu au croisement.

            Ainsi Antonio n’était pas le professeur d’université qu’il prétendait ! Mais Françoise n’en avait cure ! Elle appréciait cet homme, qu’elle qu’en fut la profession !

            Elle se rendit à leur point de rendez-vous, mais Antonio ne s’y présenta pas. Ni le lundi, ni les jours suivants. Il devait être honteux d’avoir été découvert. Ils n’avaient jamais échangé de numéros de téléphone, il lui était donc impossible de le joindre. Elle tenta bien de retourner à Fiesole, mais n’y retrouva pas les éboueurs.

            Jusqu’au samedi, jour de son départ, elle espéra qu’il viendrait. Vain espoir. Elle quitta Florence, la tête pleine de souvenirs. Ce séjour aurait été une sorte de renaissance pour elle. Elle garderait pour toujours Antonio dans un coin particulier de sa mémoire. Peut-être reviendrait-elle à Florence pour essayer de le revoir ? Pour ne pas s’apitoyer sur elle-même, elle imagina la réaction d’Yvette en apprenant l’escapade amoureuse de sa collègue avec un professeur d’université. Elle ne lui dirait pas l’exacte vérité, Yvette avait beau être une femme libérée, elle n’aurait pas compris que l’on puisse s’attacher à un éboueur, aussi merveilleux fut-il !

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08 juillet 2008

Hurlements , pétunia et bouderies

Pati et moi sommes allés dîner chez des amis : Walkyrie et Soupaulait, leurs enfants, les jumelles Peste et Scarlatine, 6 ans, et le petit dernier Choléra, 4 ans. N’oublions pas Nombril, la télévision.

Je sais que les surnoms des marmots choquera certains. J’adore les enfants, mais j’avoue qu’en ce qui concerne ce trio, on comprend pourquoi certains animaux bouffent leurs petits ! Je résumerais simplement la situation en disant qu’ils ne se supportent pas et se jalousent les uns les autres. Toute action semble être dictée par un besoin d’attention et de reconnaissance des parents. Ils ressemblent aux enfants de la série Malcolm... En pire

ON MONTE OU ON REPART ?

Ils habitent dans un logement, au quatrième étage, sans ascenseur. Au fur et à mesure que vous gravissez les marches, divers sons parviennent à vos oreilles : Nombril vantant les mérites de nouvelles couches, de dentifrice, etc. Une querelle mettant en scène deux voix suraiguës, des cris de douleur exagérés. Un hurlement (de Walkyrie) vient y mettre provisoirement fin : « Peste ! Scarlatine ! ASSEZ ! ».

Cela promet ! Ils sont une fois de plus sur les nerfs ! Courage ! Il faut y aller ! A l’assaut du second étage.

Nombril continue de venter ses produits, tour à tour protection féminine et rouge à lèvre… Les voix suraiguës reprennent. Hurlement « Vos gueules ! » Silence, seule Nombril ne se sent pas concernée.

Ce n’est pas le fait de gravir toutes les marches qui nous ralenti…

Nombril vente à présent une voiture… mais le son est couvert par un cri strident. Hurlement : « Peste ! Scarlatine ! Laissez votre frère tranquille ! »

Gravir le dernier étage nous semble encore plus long.

Nombril parle de préservatif et de pâtes. Les voix suraiguës se lancent des noms d’oiseaux. Nouveau hurlement, mâle cette fois ! « Silence ! J’écoute Nombril moi ! » Tandis qu’en écho provient « Peste ! Scarlatine ! Allez dans votre chambre ! »

Driiiiiiiiing !

La sonnette, elle aussi bruyante et suraiguës vient mettre un nouveau terme temporaire à la cacophonie. Seule Nombril continue de vanter du papier toilette.

« Mamaaaaaaaaaaan ! on a sonné ! » Voix suraiguës en cœur, suivi, toujours en cœur : « arrêêêêêête ! C’est moi qui dis ! » « Chérie ! On a sonné ! » « Allez ouvrir, j’cuisine moi ! » « M’man les filles m’embêtent » Imaginez cela non mixé, tout ensemble !

Cela s’éternise… Bruits de pas, vociférations « Vous pourriez bouger vos graisses ! Je fais tout ici ! »

La porte s’ouvre enfin… déjà ? Je ne sais pas trop quel mot utiliser ! Dans le fond, nous espérions qu’elle ne s’ouvrirait pas…

Walkyrie et une odeur de graillon nous accueillent. Embrassades.

« Entrez ! Entrez ! Faites comme chez vous ! Je retourne à la cuisine»

UNE FOIS ENTRES...

Première opération : jeter nos vestes sur un énorme entassement de vêtements sur le porte mentaux. L’Himalaya des portes manteaux ! Sous les regards soupçonneux des jumelles. Sourcils froncés, elles toisent les perturbateurs, Peste un paquet de chips à la main, Scarlatine un de cacahuètes. « Dites bonjour ! » Le hurlement provient de la cuisine. Les deux s’exécutent, sourcils toujours froncés, lèvres dégoulinantes de graisses végétales et de sel. Même chose pour les mains qui se posent sur nos manches…

Bon, entrons dans le… euh ? Salon ! Regardez bien ou vous mettez les pieds. Amoncellement hétéroclite d’objets en tous genres, principalement des jouets, des magazines et des chaussures… Prenez vos pelles dégagez votre chemin !

Soupaulait s’arrache difficilement de la contemplation de Nombril qui vante à présent un programme à venir sur la chaîne. « Ca va ? Un apéro ? » Strict minimum de mots. Et toujours les regards noirs des jumelles. Nouveau hurlement provenant de la cuisine : « fous-moi la paix ! Va dire bonjour ! … tu m’emm… »

Choléra déboule dans le… euh ? Salon. Son accueil contraste avec celui de ses sœurs. Il nous saute dans les bras et nous embrasse. « Dis ! T’as un cadeau pour moi ? ». Sa démonstration serait-elle uniquement à but intéressé ? Les jumelles se révèlent moins hostiles lorsqu’elles voient Pati sortir des cadeaux de son sac. Grognements, onomatopées voulant probablement dire merci de leur part.

« Mais ? Vous êtes encore debout ? Soupaulait ! Fais de la place pour nos amis, voyons ! » Besoin d’une pelleteuse pour dégager une petite place pour y déposer nos délicats postérieurs.

PAS LE BON SOIR ?

Dans le fond, ils devaient regretter de nous avoir invité ce soir là, alors que Nombril diffusait une émission les intéressants particulièrement. Visiblement, tous deux avaient une oreille et un œil rivés à Nombril, et l’autre moitié à nous, mais distraits.

Nous sommes, en fait, très différents, (totalement, me souffle Pati) mais cela n’a pas empêché de tisser des liens amicaux.

Le plus dur étant de trouver des sujets de conversations. Ils ne s’intéressent à pas grand chose. Voyage ? Les seules questions que vous entendrez : Pourquoi faire ? T’as eu quel temps ? Z’avez mangé quoi ? Pas de frites ? ? ? ?


REPAS OU CATCH ?

Au moment de se mettre à table, Choléra jouait avec un ballon :

Tchoc ! La balle tape le sol
Pof ! Elle frappe le mur
Tchoc ! Retour au sol
Plof ! Dans les mains

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléra, à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléra, à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléra ! J’ai dis à table ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

« Choléraaaaaa, àaaaaaaaaaaaa taaaaaaaaable ! »
Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

Peste ; d’une voix encore plus suraiguë :
« Je vais bien l’arrêter, moi ! »

LE DRAME AURAIT PU ETRE EVITE

Je compris sur-le-champ le drame qui se tramait !

Je lançais un regard désespéré à Walkyrie puis à Soupaulait. Surtout ne rien dire, pour ne pas être accueilli par le fameux « t’as des enfants ? ». Rien ! Aucune réaction des parents !

Peste se rua près de son frère et donna un grand coup de pied dans le ballon.

Buuuuuuuut ! Comme je l’avais pressenti !

Mais la suite se déroula légèrement différemment de ce que je prévoyais !

La balle traversa la salle, juste entre nos têtes, mais elle ne passa pas au travers de la fenêtre ouverte comme je le pensais. La footballeuse en herbe ayant mal calculé son tir. Le ballon heurta le pot de fleur sur le bord de la fenêtre.

Tandis que la malheureuse plante allait s’écraser 4 étages plus bas, la balle était projetée en arrière. Bon gardien de but, le pétunia !

RECONVERSION POUR LE PETUNIA : O.M. ? P.S.G. ?

Buuuut ! Le ballon dans le plat de frite, après avoir heurté la bouteille de vin, quelques verres et autres couverts.

Rire d’hyène hystérique de Peste. Hurlements de sirène de Choléra. Les parents pétrifiés. Pati blême, moi me mordant la langue pour ne pas éclater de rire devant le spectacle. Prompt comme le jaguar se ruant sur sa proie, Scarlatine reprenait la balle, se prenant pour une handballeuse. Le ballon suivit le pétunia…

Telles des éruptions volcaniques, les parents s’écrièrent en cœur :
« Non mais ? Cela ne va pas ? Non ? »
Soupaulait : « Scarlatine, va chercher la balle ! »
Walkyrie : « Peste, va chercher le pot de fleur »
Et dans une chorégraphie parfaite, (z’avaient répété, non ?) Chacun gifla une des jumelles. (pas fort, je vous rassure)

Ouiiiiiiiiinnnnnnnnn ! 3 sirènes ! 2 gamines en pleurs descendant chercher leurs victimes. Choléra se roulant par terre, victime d’une crise de nerfs, avec des « hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! » Vous vrillant les tympans jusqu’aux bouts des orteils. Lorsqu’il est ainsi, rien à faire d’autre que d’attendre qu’il se calme ! Essayer de le réconforter, de le toucher ne fait qu’augmenter sa crise et vous expose d’avoir des bleus sur tout le corps.

Les parents, toujours en parfaite synchronisation, passaient par toutes les couleurs et sentiments. Après la colère, la stupéfaction des actes des jumelles, et pour finir la honte de leur réaction. Car, s’ils crient et menacent beaucoup, les châtiments sont quasi inexistants.

Les jumelles toujours aussi renfrognées remontèrent. Le ballon, indemne, mais plus aucun espoir pour le pétunia. Choléra se rua sur le ballon.

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !

SILENCE ON BOUDE !

Choléra boudait en jouant avec son ballon et ne voulait pas manger.
Les jumelles, sourcils encore plus froncés, boudaient en mangeant leurs frites et regardant Nombril.

Les parents, honteux, boudaient en mangeant leurs frites et regardant Nombril.
Pati, se demandant ce qu’elle faisait là, boudait, ne mangeait pas et regardait un vague point au-delà de la fenêtre.

LA FUITE

je ne boudais pas, ne mangeais pas, et essayais de contrôler le fou rire devant l’irréalisme de la scène.

Finalement, n’y tenant plus, je me levais, bafouillais quelque chose d’incompréhensible (selon Pati après) où l’on ne comprit que « excusez-moi…. Oubli… Voiture… reviens… » et me précipitais dans la cage d’escalier ou je pouvais enfin laisser fuser le fou rire

A mon retour, la situation n’avait pas beaucoup changée. Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof ! Les jumelles toujours aussi renfrognées, boudaient. Les parents ne boudaient plus, mais étaient toujours aussi honteux. Pati était redevenue elle-même, et essayait de dérider l’atmosphère avec un long monologue que personne n’écoutait vraiment ! Hé ! Pati ! On ne peut rivaliser avec Nombril ! Cependant, cela devait relativiser la honte des parents, vis à vis de nous.

Agir comme si rien ne s’était passé. Allez ! On aide la maîtresse de maison à débarrasser la table. Le dessert arrive. Je vais vers Choléra

CHOCOLAT, VIENS A NOTRE SECOURS !

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Ca va ? »

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« Allez ! Viens au moins manger du dessert ! tu n’as rien mangé »

Tchoc ! Pof ! Tchoc ! Plof !
« C’est une glace au chocol… »

Pas le temps de terminer ma phrase, le mot magique avait fait son effet. Peut être aurait-il fallut mettre une crème au chocolat sur ses frites, pour le faire venir, et la soirée eut été plus calme ? (Oui, mais, je n’aurais rien eu à vous raconter !)

Ouf ! Un de moins pour bouder !

Toujours aussi honteux, les parents ne pouvaient rien avaler, et offrirent leurs parts de dessert aux jumelles. Renfrognées, folles de rage d’avoir été atteint dans leurs amours-propres, elles les avalèrent sans se rendre vraiment compte de ce qu’elles mangeaient. Il y aurait eu un coulis d’huile de foie de morue, qu’elles ne s’en seraient pas rendu compte.

Et la petite victime alors ? Choléra qui n’avait rien fait se retrouvait puni en ayant qu’une part de glace ! Prends la mienne, petit !

D’une pierre, je faisais 2 coups : Choléra était heureux d’avoir deux parts comme ses sœurs, et moi, de me débarrasser de la glace J’adore le chocolat, mais pas en glace.


La soirée continua sans événement marquant, ponctuée de chamailleries des gosses, de rappels à l’ordre des parents… La routine, quoi !

Courte échelle à Pati pour qu’elle puisse attraper nos vêtements.

Dans la voiture, je résumais la situation :

« Plutôt calme, la soirée ! Pour une fois ! »

Posté par Giovanni Petot à 22:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]